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monologues

monologue 10

Dans ces calmes déserts il promène les siens jusqu ?à  ce que les premiers ces derniers se ferment et que la tàªte là¢chée retourne à sa vieille place. Beckett, Le Dépeupleur

mà j du 01/02/2014

Ce soir, tu n’as pas procédé selon tes habitudes — tu n’as rien bousculé, une simple variation, et légère encore. Que tu ne l’aies pas fait plus tà´t te paraît délirant. Les jours se suivent et puis... Premiers signes de l’écart à venir, avoir songé ne pas te rendre au travail, ce matin, et t’àªtre contenté toute la journée d’une attention très relative aux instructions qui tombaient — à plusieurs reprises tu n’es pas passé loin de l’erreur grossière, mais cette palpitation à l’idée d’àªtre découvert. Ces petits détails dont on dressait la liste dans les romans d’hier — ton père en possédait plusieurs disques durs, bien plus qu’il n’aurait pu en lire en une seule vie : tu le revois tapant un mot dans la fenàªtre de recherches, puis lisant au hasard des occurrences, cette faà§on qu’il avait de ràªver devant son écran. Se remémorer ta journée, n’y parvenir que par bribes insignifiantes, et peu à peu ce sont les visages de tes morts qui un à un se présentent... Ferment-ils toujours les yeux quand ils surgissent ainsi ? Et pourquoi sont-ils muets, alors que quand tu te connectes à ton compte mémoire ? La volonté te manque pour poser la question au type qui sert derrière le bar, si lui aussi quand il songe au passé... Tàªte de brute qui ne doit se connecter à ses archives que lorsqu’il sent le sol se dérober sous ses pieds — ce qui ne doit pas lui arriver souvent, à voir en quelle euphorie mécanique le met son boulot : un instant, tu t’es demandé, à observer sa gestuelle, tandis que tu attendais qu’il daigne constater ta présence, si tu n’avais pas à faire à un androà¯de — auquel cas l’usage de ta puce RFID aurait été nécessaire pour passer la commande, mais sa voix quand il a commencé à chantonner l’air que diffusaient les enceintes murales te l’a fait classer dans la catégorie humaine — abruti, mais humain. Là¢chée comme dans le vide, ta vie qui défile en images nettes mais trop fugaces. Retourne chez toi, tu as besoin de repos. à€ ruminer ainsi, tu gagneras quoi ? Sa tàªte s’il devinait ce qui se passe en ce moment sous ton crà¢ne, si tu lui disais pendant qu’il te sert un troisième verre, l’incohérence du défilé et le trouble où il t’a laissé... Vieille manière, c’est tout ce qu’il trouverait à te répondre — tu te surprends à remarquer le chaos de ce qu’ils appellent encore langue, faible jusque dans l’insulte. Place qu’occupent tes souvenirs dans cette cascade intérieure : nombre d’entre eux reconstruits, contaminés par ces heures d’images visionnées tant et plus — là au moins, tes morts ont les yeux ouverts et encore leur voix.

version du 9 mai 2012

Ce soir-là plutà´t qu’un autre... Que à§a finisse par débouler, il fallait bien s’y attendre ! Les jours se suivent et puis... Premiers signes ? Ces petits riens dont ils dressent la liste dans leurs romans... Derniers moments d’insouciance et bam !... Se remémorent derrière le volant d’une voiture, les personnages... Ferment les yeux allongés dans une chambre d’hà´tel... Et c’est parti pour le grand défilé !... Que à§a finisse par s’arràªter tous ces tableaux qui s’enchaînent, on a beau savoir, à§a nous étonne toujours un peu... La mécanique, c’est rien que de la mécanique : surtout pas confondre mécanique et mouvement perpétuel !... Tàªte de piaf, comme les autres !... Là¢chée, relà¢chée, à se la cogner contre les murs, ràªver de se l’arracher !... Retourne dehors, que tu te dis... à€ ruminer tu gagneras quoi ?... Sa place, à§a et rien d’autre, sa place... Vieille habitude les bars, à§a au moins tu maîtrises !... Place panoramique, cette impression de t’y sentir au cœur de la vie, à la marge du monde...

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