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fragments

 
 
tête lâchée

Dans ces calmes déserts il promène les siens jusqu’à ce que les premiers ces derniers se ferment et que la tête lâchée retourne à sa vieille place.
Beckett, Le Dépeupleur

 
sans déranger la nuit

Alors, patiemment, froidement, sans déranger la nuit qui l’entourait, le jeune homme prit son revolver et visa.
Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra

 
escalader cette tour

Enfin je me résolus à escalader cette tour, et tant pis pour la chute ; tant il était préférable de voir le ciel et périr, que de vivre dans ces jours sans vue.
Lovecraft, L’Étranger

 
que ma crainte de venir à fin

Je te regarde vivre dans une fête que ma crainte de venir à fin laisse obscure.
René Char, « L’avenir non prédit », Commune présence

 
ce mystère sourd-muet

Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,
Je connais ce mystère sourd-muet
Que dans la langue menteuse et noire
Des humains — on appelle la vie.
Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle

 
et quelque part, sous la glace

À droite, plus blanches que jamais, les vitres givrées des deux fenêtres.
Dehors, du blanc figé partout, du blanc scintillant comme la lune, avec seulement les traits noirs des peupliers et quelque part, sous la glace, la tache rouge d’un béret d’enfant.
Simenon, La maison du canal

 
ne peut cesser d’être un pont

S’il ne s’effondre pas, aucun pont qu’on a érigé un jour ne peut cesser d’être un pont.
Kafka, Chacun porte une chambre en soi, traduction de Laurent Margantin, publie.net







 
quand je frôle les façades

Quand je frôle les façades, dans les rues, je tremble à la pensée de ce qui est tapi derrière...
Simenon, Les sœurs Lacroix







 
yeux morts

Les plus terribles, ce sont les yeux morts et on rencontre de plus en plus de gens qui ont les yeux morts.
Simenon, La neige était sale







 
la route par les sentiers

Les sentiers, les entailles qui longent invisiblement la route, sont notre unique route, à nous qui parlons pour vivre, qui dormons, sans nous engourdir, sur le côté.
René Char, Commune présence

 
dans le désert réel du silence sans fin

Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse, il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin.
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

 
entre un abattoir et un hôpital

et elle enfila d’un regard les boulevards extérieurs, à droite, à gauche, s’arrêtant aux deux bouts, prise d’une épouvante sourde, comme si sa vie, désormais, allait tenir là, entre un abattoir et un hôpital
Zola, L’Assommoir

 
chienne perdue

Puis, elle se retourna lisant stupidement les affiches collées contre la tôle. Il y en avait de toutes les couleurs. Une, petite, d’un joli bleu, promettait cinquante francs de récompense pour une chienne perdue. Voilà une bête qui avait dû être aimée !
Zola, L’Assommoir

 
discords

Quel charme en un moment étouffe leurs discords,
Pour assembler ainsi les vivants et les morts?
P. Corneille, L’Illusion comique

 
par insouciance ou lâcheté

Il m’a dit qu’au bout d’un certain nombre d’années nous acceptons une vérité que nous pressentions mais que nous nous cachions à nous-même par insouciance ou lâcheté : un frère, un double est mort à notre place à une date et dans un lieu inconnus et son ombre finit par se confondre avec nous.
Modiano, Chien de printemps

 
horriblant de nos cris

Usons ici le fiel de nos fâcheuses vies,
Horriblant de nos cris les ombres de ces bois
Agrippa d’Aubigné, Stances