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notes sur le blues

une part de soi

c’est d’une chambre qu’il faut démarrer, de l’espace clos où se retirer mais aussi se construire : cabinet de lecture, cabinet d’écoute, lieu de retrait (désormais c’est le bureau qui permet le seul) d’un mercredi matin, temps de latence parce que seulement l’après-midi qu’à vélo ou 102 Peugeot rejoindre les copains, et écouter des 33 tours pendant des heures, dans d’autres chambres en deux heures de radio qu’a déboulé une espèce d’histoire du blues par deux gars de la station locale de radio France tout un tas de morceaux à enregistrer sur le radiocassette du frère aîné et puis des noms notés sur le carton de la cassette, permettraient les années suivantes de s’orienter dans les bacs du disquaire noms en vrac, de Muddy Waters à ZZ Top ce matin-là , un de ces mercredi matins d’ennui où des voix d’ailleurs faisaient passer le temps et remettaient un peu de perspective, qu’entendu sans doute pour la première fois Mannish Boy

c’était puissance du riff (j’ignorais encore le mot), pulse qui s’installe, voix profondes voix qui prenaient place entre ces quatre murs, d’autres pourtant les ornaient, mais la place se ferait, entre visages et corps du rock, slogans anarchistes et motifs de la tapisserie c’était le récit d’une errance le long d’un fleuve, d’un exode jusqu’à la ville, d’une nostalgie pour des racines et d’une page tournée parce que le monde qui change et se dire que peut-àªtre possible de jouer ces notes-là sur une guitare

du blues alors ne connaître que très peu, mais avoir constaté sur les cassettes une constante entre les morceaux de hard sélectionnés : tempo lent, parfois le mot blues présent dans le titre, de longs solos de guitare déchirés, et la structure en trois accords soulignée par la lenteur ou comment avoir effectué la première approche d’un genre par le pastiche

màªme époque qu’entendu Led Zeppelin pour la première fois derrière la vitrine d’une station-service ; mon oncle, à qui je venais donné un coup de mains pendant les vacances, avait embauché pour l’été un pompiste qui venait de passer son bac ; pleine boîte à chaussures de cassettes qu’on écoutait entre deux clients ; il suffisait de mettre pause quand un client s’amenait ; écouté en boucle You shook me, puissance de la saturation

se dire qu’en màªme temps les Sex Pistols et d’autres balayaient tout à§a ; mais pas encore pràªt pour telle radicalité (quelques années plus tard seulement, mais tout est si rapide et si dense dans ces années d’adolescence)

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