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notes de chevet

parcourir une rue récurrente dans tes rêves

parcourir une rue récurrente dans tes rêves, à la pente raide — ta ville natale est constituée d’un plateau, puis des coteaux qui dégringolent jusqu’à la rivière qui passe au milieu —, retrouver cette rue pendant une promenade où tuer le temps avant d’aller au restaurant, traverser le jardin public, flâner jusqu’aux Halles où tu accompagnais ta mère chaque mercredi matin pour les courses avant de passer au retour par la bibliothèque municipale — c’est elle à qui tu rendras visite l’après-midi, non sur le plateau dans sa maison qu’elle n’habite plus, mais en haut d’un des coteaux, un hébergement temporaire avant place en EHPAD —, longer la vitrine du photographe, songer à l’appareil rectangulaire que tu avais acheté gamin, aux photos que tu faisais alors, consignées dans un album avec d’autres d’avant la guerre de 14, séparés et réunis par le temps, s’engager dans cette rue qui grimpe, se souvenir du rocher affleurant du bitume dans le virage là -haut, retrouver le lycée et sa chapelle, avec la croix qui semble à hauteur de rue à cause de la pente, comprendre qu’il s’agit dans ton rêve du conglomérat de deux lieux, cette rue et une venelle, la rejoindre à cent mètres de là , goulet étroit entre des maisons basses de tisserands, tête à hauteur de toits — dans ton rêve ce problème d’échelle, tu es plus haut que les murs des jardins qui la bordent, pour une fois que tu surplombes —, au bout de la venelle retrouver la porte d’un bar, porte arrière par laquelle tu pénétrais après les cours, issue de secours désormais, convoquer la salle de jeux et son parquet, flippers et jeux d’arcade, pièces de cinq francs, puis passer devant l’entrée du bar, se souvenir des fermetures administratives pour des histoires de dope, de ceux qui traînaient là , sur le fil, et qui ne liront jamais ce que tu as écrit d’eux, enfin déboucher sur cette place qui n’en est pas une, même si un bout de parking à droite, et en face un espace vacant devant l’église, c’est là que tu venais acheter tes disques, là aussi que les obsèques de ta grand-mère, d’un oncle et de ton père — ne rien en tirer, sinon que, de nuit comme de jour, collusion de la ville et du temps

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