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LOVECRAFT GENERATOR

l’homme sans foule

On ne peut pas parler de pressentiment. Comme une impression survenue dans le demi-sommeil, paressant, s’accordant encore un peu de temps. Peut-àªtre était-ce dà » à la qualité du silence. La circulation, en principe, avait démarré à cette heure-là . Fluide, certes, mais aussi les bruits métalliques des camions de livraison. Le tabac d’en face qui relevait son portail. Rien des bruits qui accompagnaient le lever. Un instant, croire à une panne électrique. Cette vieille rengaine de ses parents que sans électricité, la vie serait impossible... Le monde s’arràªterait de tourner... Mais non : les chiffres du radio-réveil s’affichaient bien. Fixer les deux points qui clignotent entre heure et minutes. Tout continuait comme avant. Le temps ne s’était pas arràªté. Sourire d’avoir eu un instant une pensée aussi absurde. Un peu tendu peut-àªtre. Beaucoup travaillé ces dernières semaines. Prendre une douche. Se laver de ces idées noires... Idées stupides... Où avait-il lu à§a ? Où vu ? Souvenir vague qui peine à remonter. D’un monde en arràªt et qu’un seul survivant. Il avait le temps d’une longue douche. Demeurer sous le jet. S’y ragaillardir. Cliché rebattu de la pub. Réveil tonique... C’était écrit sur le flacon de gel douche. Quand proposeraient-ils de faire peau neuve !... Le temps de s’habiller, il consulterait ses mails sur son téléphone. à‡a aussi fonctionnait. En revanche, ce silence. à‰tonnant ! La radio diffusait un programme musical. Sans doute encore en grève ! Inter... Culture... Pas plus mal après tout. Cet enchaînement de chroniques qui se répétaient en boucle. Leur seul intéràªt était de renseigner sur le passage du temps. Rien de plus qu’une horloge parlante. Au moment de la chronique sur la politique étrangère qu’il fallait partir. à€ la bourre sinon pour le taf. Appeler S. pendant que l’eau chauffait dans la bouilloire. Lui demander de confirmer pour le rendez-vous de cet après-midi. Messagerie vocale. C’est vrai qu’il était un peu tà´t. Lui dire qu’il le rappellerait dans la matinée. à€ plus !... Quand il sortit pour se rendre au travail, il aperà§ut le chat du rez-de-chaussée miauler désespérément devant la fenàªtre. Comme grattant la vitre de sa patte. Lui aurait aimé avoir un chien. Plus tard. Quand il disposerait de plus d’espace. Drà´le de bàªtes les greffiers. Cette faà§on qu’ils ont de réclamer obstinément. Pas du genre à là¢cher l’affaire ! Il n’avait pas ràªvé tout à l’heure. Le tabac n’était pas ouvert ce matin. Il jeta un œil à travers le grillage métallique. Màªme pas un mot pour expliquer. Cas de force majeure sans doute. Mais au moins pour la clientèle... Une simple formule d’excuse. à‰tonnant de sa part. Le croyait plus malin. Pas le seul tabac de la ville ! Près de l’arràªt du tram, il y en avait un. Là qu’il achèterait son paquet du jour. Déjà un mois qu’il essayait de diminuer. à‡a plus la surcharge de boulot... Il ne fallait pas aller chercher bien loin. Là l’origine de cette espèce d’anxiété qui le taraudait depuis son réveil. Quand il déboucha sur le boulevard, il s’arràªta un instant. Pas une voiture ne circulait. Quant aux trams... On n’entendait que le chant de deux merles qui se répondaient. Trilles rapides. Se poursuivaient d’arbre en arbre. C’est vrai qu’on était déjà en mars. On avait donc fermé la circulation sur le boulevard ? Une manif de prévue ? Entendu parler de rien. Et tous ces magasins fermés. à€ l’arràªt du tram, aucune info particulière. Sinon le départ imminent d’un tram qui n’était pas là . Quand ils apprendraient à communiquer, ceux-là  ! Appeler le boulot. Eux sauraient peut-àªtre. Et les prévenir pour son retard. S’il devait marcher jusque là -bas... La voix de l’hà´tesse sur le répondeur. Il se passait quoi ? Il se passait quoi à la fin ? Une envie d’hurler. De courir. Il n’était tout de màªme pas le seul àªtre vivant dans la ville !... Il tenat s’appeler ses parents... ses amis... différents collègues... Partout ces messageries... Un truc à devenir dingue ! Cavaler jusqu’au bureau... Se calmer par la course... Courir comme un gosse... Ou comme un malade... Pensées qui déboulent... Flashes sombres... Courir... Se vider la tàªte en courant... Courir... Arràªter de fumer... Màªme pas cinq cent mètres et déjà à bout de souffle... Envie de vomir... Tenir bon... Se rendre au travail... Ce n’était pas possible... Ce décor de ville et pas une à¢me... Un cauchemar... à‡a devait pouvoir arriver qu’on ràªve qu’on se réveille, se lève... Prendre le contrà´le des images... Se réveiller... Sortir de là ... Il le fallait... Courir encore... Courir... Cette douleur dans le bras... La poitrine... Ce n’était pas possible... Il ne pouvait pas àªtre le dernier... Un nouvel arràªt de tram... Couper plutà´t que suivre la ligne... Raccourci... Cette affiche placardée... Yeux qui papillotent... Sécurité nucléaire... Reprendre son souffle... 20 mars... Respirer à fond... Exercice d’évacuation... En appui sur le plexiglas de l’arràªt... Une voiture de flics qui s’approche... S’allonger... Ne pas àªtre vu... Sirène... En coupant par les rues piétonnes... Ils diraient quoi au boulot ?... Pas foutu de se souvenir d’un truc pareil !... Trop faible l’argument du surmenage... Un sombre con !... Point barre !... Et pour retrouver un taf équivalent !... Courir... Semer les flics dans les petites rues... Courir... Cette douleur au thorax... Jusque dans la gorge...

« On met quoi sur le rapport ? Question des causes de la mort, quoi... Parce que si on dit qu’on l’a poursuivi, au jour d’aujourd’hui... »

generated by : Quelqu ?un regarde à sa fenàªtre et s ?aperà§oit que la ville et le monde sont morts (ou étrangement changés) à l ?extérieur. H. P. Lovecraft, The Commonplace Book, note 205.

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