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rentrée littéraire

W. Chester Burnett | Le style d’une danseuse

William Chester Burnett demeure assez largement méconnu du public européen, et c ?est bien dommage. Auteur d ?une dizaine de polars et romans noirs, il est de cette race d ?écrivains qui ne se laissent pas facilement apprivoiser. Souvent provocateur, parfois màªme déroutant – dans son premier ouvrage, Hell ain ?t a bad place to be (Anyway Press, 1992), le narrateur n ?était autre qu ?un Ronald Reagan usé par l ?alcool et les antidépresseurs et passant ses journées au milieu d ?un élevage d ?escargots. Vous l ?aurez compris, Burnett aime mettre à nu les contradictions de l ?Amérique profonde, maniant la plume comme d ?autres le scalpel afin de dévoiler les turpitudes d ?une postmodernité souvent cynique et désabusée.

Le style d ?une danseuse (Anyway Press, 2013) prend pour décor une bourgade du Middle West, Harrington, un de ces endroits que personne n ?oserait imaginer, mais qu ?il faut bien se résoudre à admettre réel une fois qu ?on a eu le malheur d ?y échouer. Metteur en scène impitoyable, le romancier nous donne à lire la rencontre improbable et hautement truculente entre d ?une part John Van Zant, enseignant à Harvard, spécialiste de littérature médiévale – un de ces gars qui vous causent pendant des heures sans que vous compreniez bien où c ?est qu ?ils veulent en venir, si ce n ?est que ce qu ?ils racontent les intéressent drà´lement, ce qui, il faut bien l ?avouer, ne fait qu ?accentuer la distance existant entre eux et vous – et d ?autre part Steve Blackmore, vétéran de la première guerre du Golfe, bà »cheron de temps à autre mais surtout héroà¯nomane : Steve demandait peu à la vie, ce qui de sa part était la preuve d ?un sens aigu des réalités. C ?est à ce duo détonnant que Burnett confie alternativement la narration et le soin d ?enquàªter sur la série de meurtres tous plus sordides les uns que les autres qui ont eu lieu dans les fermes des environs : celui qui se permettait de pareils massacres était à coup sà »r un sacré putain d ?enfant de salaud comme on en faisait peu. Parsemant son récit de clins d ?œil aux romans de la Table ronde ainsi qu ?aux classiques de la littérature policière, celui que le New York Times qualifiait ce mois-ci de redoutable prosateur nous offre une épopée grinà§ante et haute en couleurs et trace le portrait d ?une Amérique malade de ses fantasmes.

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