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notes de chevet

entendre un chien grogner

tandis qu’on marche pas bien loin de la maison, entendre un chien grogner derrière un portail, une haie — se promener ne conviendrait pas, c’est fatigue du corps que l’on cherche alors, et barrière à ce qui en dedans remonte et menace, immobilise et tétanise, aspire l’initiative, teinte de ridicule toute entreprise, arbre à vanités qui pousse le long de la colonne d’air et presque fait ployer —, ce sont deux peurs qui se superposent, deux menaces, et le plus effrayant est sans doute l’idée, la tentation de s’abandonner à cette peur, s’y livrer tout entier — on sait qu’on n’en fera rien, qu’on poursuivra son chemin, chien enclos, peur circonscrite, récurrente mais passagère, sans doute parce qu’on porte une autre forme de cette même peur, image du chien en travers du chemin, bloquant le passage, bête dans son surgissement, toute agressivité brute — à cela on n’a pas de réponse, réduit à avancer sans quitter des yeux, tenter quelques ordres d’une voix dont on doute, en tête le souvenir d’une fois où la mâchoire du chien s’est refermé sur la cuisse, et que seul ne pas s’en sortir — c’est peur primaire, peur ancienne, et soulagement de la main tendue, c’est lassitude des rapports de force

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