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entre deux | notes

des sortes de corps extérieurs

Pourquoi les lieux sans qualité viennent-ils toujours à bout des réticences de ceux qui les occupent ? Pourquoi les résidents refusent-ils souvent de reconnaître leur laideur quand les passants occasionnels n’ont aucune peine à l’admettre ? C’est qu’à la longue, les lieux de résidence (contraints ou choisis) et leur environnement finissent toujours par impressionner la conscience de l’habitant, par devenir comme un autre soi-màªme, des sortes de corps extérieurs dans lesquels on s’est réalisé (ou défait) jour après jour, où l’on a joué son existence. Le frottement à la matérialité des choses, l’usure de la vie et la mémoire du temps révolu constituent quelques unes des raisons qui font qu’on retrouve souvent avec émotion les anciens lieux de ses souffrances ou de ses bonheurs. Raymond Bozier, Fenàªtres sur le monde

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