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traversée Balzac

Autre étude de femme

Où le monde nouveau qui naît est tout mouvement, plein d’hommes pressé : Si l’on ne soupe plus beaucoup aujourd՚hui, c’est que, sous aucun régime, il n’y a eu moins de gens casés et arrivés. Tout le monde est en marche vers quelque but, ou trotte après la fortune. Le temps est devenu la plus chère denrée, personne ne peut donc se livrer à cette prodigieuse prodigalité de rentrer chez soi le lendemain pour se réveiller tard.

Où, chez un auteur qui use de tous les artifices pour ancrer ses récits dans la réalité (Monsieur Bianchon peut nous le dire, répondit de Marsay en s’adressant à moi, car il l’a vue mourir.), fait irruption la nécessité d’un détachement vis à vis de ce qui est dit ou entendu : Là , nul ne pense à garder sa pensée pour un drame ; et, dans un récit, personne ne voit un livre à faire. Enfin, le hideux squelette d’une littérature aux abois ne se dresse point, à propos d’une saillie heureuse ou d’un sujet intéressant.

Où il est question de conversation : Jamais le phénomène oral qui, bien étudié, bien manié, fait la puissance de l’acteur et du conteur. cette finesse particulière aux gens qui ont vu beaucoup de choses et qui fait des hommes d’à‰tat de délicieux conteurs

Toujours ces sabots de chevaux dans le silence de la nuit : Le silence fut si profond qu’on entendit dans la cour le murmure des cochers, les coups de pied et les bruits que font les chevaux en demandant à revenir à l’écurie.

Où il est encore et toujours question de mariage : rien ne prouve mieux la nécessité d’un mariage indissoluble que l’instabilité de la passion. Les deux sexes doivent àªtre enchaînés, comme des bàªtes féroces qu’ils sont, dans des lois fatales, sourdes et muettes.

Où rien ne va plus (ou de l’apparition de la femme comme il faut : Depuis cinquante ans bientà´t nous assistons à la ruine de toutes les distinctions sociales, nous aurions dà » sauver les femmes de ce grand naufrage, mais le Code civil a passé par sur leurs tàªtes le niveau de ses articles. Quelque terribles que soient ces paroles, disons-les : les duchesses s’en vont, et les marquises aussi ! Vos femmes les plus nobles sont ainsi devenues d’estimables couveuses. Tout en France a été complice de la femme comme il faut, dit Madame d’Espard. L’aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle est allée se cacher pour mourir, émigrant à l’intérieur devant les idées, comme jadis à l’étranger devant les masses populaires. un siècle où rien de ce qui succède ne ressemble à ce qui s’en va, où les transitions ne mènent à rien, où il n’y a que des nuances, où les grandes figures s’effacent, où les distinctions sont purement personnelles.

Où il est question de langue : La femme n’a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées de beau langage. Nous lisons des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans (...). Les conversations franà§aises se font en iroquois révolutionnaire d’un bout à l’autre de la France par de longues colonnes où grincent une presse à la place des cercles élégants qui y brillaient jadis. Chaque révolution a son mot, un mot où elle se résume et qui la peint. Expliquer certains mots ajoutés de siècle en siècle à votre belle langue, ce serait faire une magnifique histoire.

Où il est question des métairies de la Beauce : Ces habitations consistent en une seule chambre partagée dans un bout par une cloison en planches, et la plus petite pièce sert de magasin à fourrages.

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