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notes de chevet

évoquer un ami éloigné

évoquer, avec un collègue de travail, un ami qu’on ne voit plus depuis longtemps en raison d’un déménagement et du cours pris par la vie de chacun, ses cahots — la conversation a commencé dans le tram,par une réflexion sur comment celui-ci a participé à transformer la ville : elle est parfois anodine la porte ouverte sur le passé —, ne pas nommer l’ami d’abord, parce qu’ignorant que son interlocuteur l’a connu, parler d’un qui s’est trouvé dans le même genre de situation que celui à qui on s’adresse, étudiant d’origine étrangère venu en France pour un doctorat de mathématiques, le sentiment de relégation que représentait d’être logé sur un campus si loin de la ville, avec des bus qui ne circulaient plus à partir de vingt heures, alors retour le soir en stop, et les week-ends passés entre étudiants du Maghreb et d’Afrique, puis entendre la question de l’interlocuteur si ce n’était pas, et confirmer que oui, c’est de lui dont il s’agit, évoquer la situation des maîtres auxiliaires aujourd’hui disparus, corvéables à merci, la difficulté pour aller travailler quand on n’a pas les moyens d’acheter une voiture, poursuivre ainsi en demeurant sur le registre des structures sociales, et, tout en sentant le rapprochement opéré avec son interlocuteur par l’évocation de l’absent, sentir s’amplifier de deux manières le sentiment de perte : d’abord de par la retenue qui fait qu’on n’a rien dit des liens et de l’intimité passés, et dont on est à peu près certain qu’on ne les retrouvera plus, ensuite de par la ressemblance ténue, parce que seulement d’ordre sociologique, entre l’ami éloigné et l’interlocuteur, la présence de ce dernier soulignant l’absence de celui qu’il a pourtant contribué à convoquer

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