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fictions

conseiller image

Il avait bien fallu l’admettre. Puisque nécessité faisait loi... Pas le choix, et pas que pour plaire. Puisque màªme pour bosser. La gueule de l’emploi, à§a se disait avant. Maintenant à§a sa faisait, et puis c’est tout. Il suffisait de venir ici, se confier au conseiller image. Toujours moyen de s’arranger pour un paiement quatre fois sans frais. Ou màªme décrocher un crédit pour les gros chantiers. Pas évident, la première fois. De t’amener là et qu’on te modèle. Plus facile, les fois suivantes. Au fil des boulots, des différentes boites où tu trouvais à t’employer. Le conseiller image t’écoutait cinq dix minutes la première fois. Tu lui disais là où t’espérais bosser, le genre de boulot qui te plairait, tes diplà´mes, tes emplois précédents. Ils appelaient à§a te profiler. Pour ceux qui n’avaient quasiment jamais travaillé que c’était le plus difficile : les chà´meurs longue durée, les mà´mes qui sortaient de l’école. Les sans expérience, c’était pas évident il paraît de définir leur image. Dégageaient trop de flou, ils disaient les profileurs. Parce que, plus que ton passé, c’est ton désir d’avenir qui déterminait tes traits d’après eux. C’est ce qu’ils disaient. Après, c’est leur boulot, faut faire confiance. Màªme si, hein ! l’habit fait pas le moine... On l’avait tous entendu dire à§a, que l’habit faisait pas le moine. Mais c’était pas le problème. Le problème c’était de trouver un boulot et de bouffer, alors les dictons les machins le bon sens populaire et tutti quanti !... Une question d’adaptation. Et s’adapter, hein ! c’est à§a l’intelligence. Parce qu’il a su s’adapter que l’homme est devenu ce qu’il est devenu. Et puis, que je était un autre, ils nous l’avaient dit à§a aussi à l’école. Seulement, que à§a soit quelqu’un d’autre que toi qui devine ta vraie gueule, à§a c’était un drà´le de truc. Parce que toi, t’avais peut-àªtre tes ràªves, de ressembler à tel joueur de foot ou de chanteur de rock ou de mannequin d’acteur de truc... Mais là c’est pas prendre des poses devant la glace et jeter un coup d ?œil au poster sur le mur de ta piaule. C’est pas de à§a qu’il était question. C’est de savoir ce que c’était ton vrai visage à toi, et à§a c’est autre chose. De se confier aux mains d’un autre et qu’il le fasse apparaître ton vrai visage. Et qu’il sache lequel c’est ton vrai visage selon l’époque où tu te pointes. Parce que jamais tu ressortais avec la màªme tronche, le màªme style chaque fois que tu y allais chez le conseiller image. Tous les visages qu’étaient enfouis en toi et que tu connaissais pas qu’ils faisaient resurgir, le gars. Et à§a c’est fort quand màªme, d’àªtre capable de savoir tous les visages que tu peux avoir au long de ta vie. (mà j 16/05/13) Un truc troublant aussi, c’était comment les gens ils te reconnaissaient ou pas. Il y en a qui disait à la démarche ou à la voix, mais pas sà »r qu’on marche à l’identique avec un autre visage. Ou que ta voix elle change pas. Parce que le personnage que tu jouais, t’avais beau te dire que c’était toujours toi, ils avaient beau te répéter les profileurs que c’était une partie de toi qu’était mise en avant, rien de plus, un morceau de toi qu’ils avaient été capables d’aller chercher au fond de toi et que tu connaissais màªme pas, parce que ce qu’on a dans le cœur, ce qu’on a vraiment au dedans du dedans, c’est dur déjà de le deviner pour les autres, mais alors pour soi. N’empàªche, les profileurs, eux, ils y arrivaient. Ils savaient dénicher qui t’étais et à quoi tu ressemblais vraiment. Ce qui faisait que quand t’étais vraiment toi t’avais un peu l’impression de jouer la comédie. Peut-àªtre pour à§a qu’on acceptait tous de changer si souvent de visage. Une faà§on de moins se poser de questions un peu. De pas àªtre là à te demander si c’était bien toi, si à§a te correspondait, si c’était pas un peu exagéré, si c’était pas juste pour le boulot que le profileur il t’avait fait cette gueule-là . Et puis, à passer d’un visage à un autre, à les additionner tu te disais qu’à la fin t’aurais fait le tour de toutes les facettes de qui t’étais. En fonction des jobs, d’accord, mais c’était quand màªme vertigineux de réaliser tous ceux que t’étais et que tu savais pas avant, quand t’avais ta tronche à toi, celle qui faisait qu’on te reconnaissait, qu’on te prenait pas pour un autre. Des fois, tu regrettais ce temps-là . Parce que, faut àªtre honnàªte, les profileurs ils avaient beau àªtre des as dans leur domaine, des fois on finissait par se ressembler en fonction des postes à occuper. De là à dire qu’on savait le boulot que chacun faisait en fonction d’à quoi il ressemblait, à§a serait peut-àªtre exagéré. Mais n’empàªche il y avait des constantes, comme ils disent. Et puis toi tu rentrais dans ton rà´le, forcément. alors des fois, t’entendais qu’on t’appelait par un autre prénom que le tien, dans la rue, au supermarché. Tu te retournais, tu reconnaissais pas la personne. on t’avait pris pour un autre, un qui te ressemblait comme deux gouttes d’eau ou presque. Pour à§a aussi, à cause des confusions, qu’on avait complètement arràªté de faire des masques mortuaires ou de prendre des photos des morts. Parce que trop de ressemblances. Fini les photos qu’on mettait sur le marbre des tombes. Màªme s’il y en a qui disent que tes traits ils resurgissent un peu quand t’es mort. Il y en a màªme qui disent que c’est ceux d’un autre, de ton père ou de ton grand-père. Et que à§a a toujours été comme à§a. Comme quoi le visage qu’est le tien ou pas le tien...

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