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vases communicants

vases communicants | christine jeanney

vases co mai 2010

Avant le coucher mon père et moi chacun à un lavabo lui se trouvant jaune moi mentant que pas tellement. (Valérie Rouzeau dans Pas revoir)

Et aussi ce désir que tu as formulé un jour, un jour gris où ton fauteuil inclinable prenait toute la place dans le salon, avec son tissu turquoise, ses accoudoirs et son assise réglables, aussi le repose-tàªte, un fauteuil qu ?on avait jamais vu avant, si large, si laid, que tu ne quittais plus, sauf pour les trajets où le chauffeur de l ?ambulance discutait avec toi, vous aviez sympathisé, c ?était presque agréable, ces voyages.

Ce désir, tu avais les yeux éclairés en le disant. Qu ?une bonne fée t ?entende. Qu ?elle réalise ton vœu, petit vœu de petit vieux, tu aurais dit, mais tu n ?étais pas vieux, pas vraiment, tu aurais dit à§a en rigolant.

Ce désir de t ?asseoir une fois encore, juste une, t ?asseoir dans ton jardin, calmement, et de manger des rondelles de saucisson, dehors.

On a dit pourquoi pas et on a essayé d ?imiter le visage, le sourire de ceux pour qui c ?était possible, envisageable et pas du tout hors de portée, bientà´t à§a se ferait qui sait, mais on savait et toi aussi tu savais, et le fauteuil qui prenait tellement de place le savait bien sà »r, et le rappelait avec ses ondes inaudibles. Les éléphants aussi communiquent, formant des sons si bas, des infrasons, que nos oreilles ne peuvent les saisir. Le fauteuil grondait, sans qu ?on l ?entende, que ce ne serait pas possible, non, plus jamais, il le répétait dans un souffle renouvelé, imperceptible, il l ?écrivait aussi dans toutes ses lignes turquoises et blanches, ses ronds et ses carrés, pas possible, non, plus jamais. Et bizarrement je crois qu ?on l ?entendait tous, qu ?on le lisait tous, dans ces formes géométriques affreuses, tellement banales et logiques, ternes, si lasses aussi de faire semblant de tenir ensemble.

Voir en ligne : mon texte chez christine

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