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notes sur le blues

dans son sang

rare qu’on abandonne une légende, ainsi de celle entourant Robert Johnson, comment elle peut s’enrichir, se développer pour mieux booster les ventes — constater amer que les formes d’art qui les premières m’aient été accessibles sont boursouflées de légendes aux relents idéologiques douteux sinon nauséabonds, de surcroît alimentées pour des motifs marketing, montée croissante d’amertume à me dire que si ces formes d’art me furent accessibles, c’est parce que diffusées à grande échelle par une vaste machine à générer du pognon, bile noire me dire que mon parcours dans le domaine de la fiction emprunta ces chemins balisés suintant la bàªtise et le fric au temps où l’école m’avait écarté de la lecture, tradition orale de cour de lycée, émissions télé et radio, pour l’écrit articles magazines repompés, admettre que à§a aussi ait pu me former, déformer, contribuer à la formation de celui qui écrit ici — toutes les greffes semblent permises sur la bio de Little Robert, ainsi lire sur le site deezer que fruit d’une liaison illégitime entre sa mère et un vagabond, Robert Johnson porte dans son sang une attirance certaine pour le voyage qu’il gardera tout au long de sa courte vie, tout s’hérite, puisqu’on vous le dit, que le rythme dans la peau ou dans le sang, non, à§a on n’ose pas, mais le goà »t du voyage, et puis à quoi bon s’accabler d’une mémoire trop lourde, pas bon pour la vente la conscience historique, les yeux fermés qu’on achète, qu’importe màªme la chanson, qu’importe màªme le chanteur, la légende l’essentiel, une fiction que chacun puisse faire sienne, ingurgitée la nourrir de ses fantasmes, intéresserait qui un pauvre gars soumis aux conditions économiques, forcé comme pas mal de Noirs des états du Sud à se déplacer pour trouver du boulot, hobo blues, et que les musiciens étaient la plupart itinérants, à quoi bon s’en encombrer, quand on peut associer au mythe de la route la figure du vagabond, certes fauché mais ce qui en lui de bohème, mythe du qui a coupé les ponts pour d’autres raisons qu’économiques, psychologie renvoie à l’individu, à son histoire personnelle, et non à celle d’un pays, pas trace de responsabilité ou culpabilité, pas d’auto-flagellation comme on a pu dire au sujet de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage, réduire à l’individu et à une vague histoire de gènes, d’autant que la famille permet elle aussi de tout réduire à l’individu — vu récemment un documentaire sur Hendrix, biographie vidéo, où l’accent mis sur la mère absente et alcoolique, quelques bribes de psychanalyse et l’artiste enfin dévoilé... — mis au fait de ses origines l’adolescence venue, il décide de porter le nom de son véritable père, Noah Johnson ; nom qui, étrangement, est aussi le nom d’un grand guitariste de l’époque, Lonnie Johnson, étrange en effet, des Johnson c’est sà »r que à§a court ni les rues ni les annuaires, mais avouer que le biographe cette fois se fait subtil, jugeant inutile ou malvenue de revenir sur l’à¢me vendue au diable, tellement remà¢chée, s’ouvrant ainsi des horizons nouveaux au gré d’analogies et de comparaisons, image mythique de l’artiste noir, la destinée de Johnson ressemble à celle d’un Charlie Parker, son charisme, à celui d’un Jimi Hendrix, un coup cà´té jazz, un coup cà´té rock, destinée semblant signifier ici àªtre noir et mourir en laissant fantasmer hagiographes et critiques sur la musique qui aurait pu àªtre enregistrée si ces musiciens avaient vécu plus longtemps — ici, prière de ne pas se demander pourquoi Hendrix est mis à part, puisque lui aussi mort si jeune et consommateur de stupéfiants comme Parker, mais pour vendre on ne s’encombre ni de raison ni de rigueur, on juxtapose pour mieux livrer son lecteur à de possibles contaminations d’images et de fantasmes, l’image du grand guitariste étant déjà venue préparer le terrain, et là regretter que n’ait pas été saisi le possible rebond, sachant la filiation technique, guitaristique : Lonnie Johnson -> Charlie Christian -> B.B. King -> Jimi Hendrix — quant au charisme, avec sa charge de don, de fascination et de surnaturel, voilà de quoi réunir à coup sà »r et pour pas cher l’image de Johnson à Hendrix, voodoo chile zim ba da boom, mais au bout du compte mieux comprendre pourquoi c’est par là qu’on est entré en musique : tout le discours autour laissait à penser qu’il ne s’agissait pas d’un art, tout au plus un folklore transcendé par quelques individualités au parcours légendaire, une musique réputée rude et basique parce que populaire — on n’osait pas dire ethnique —, mais musique sans aspérités ni profondeur et donc sans prise sur le monde

Voir en ligne : Little Robert

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