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traversée Balzac

Albert Savarus

Où le lecteur quitte Paris pour Besanà§on : On vendit alors la maison de monsieur de Watteville pour s’établir rue de la Préfecture, dans le bel hà´tel de Rupt dont le vaste jardin s’étend vers la rue du Perron. (une bonne partie du récit va tenir sur cette disposition des lieux) Monsieur Savaron demeure rue du Perron, le jardin de sa maison est mur mitoyen avec le và´tre.

Où Besanà§on est ainsi décrite : Besanà§on, ville triste, dévote, peu littéraire, ville de guerre et de garnison, dont les mœurs et l’allure, dont la physionomie valent la peine d’àªtre dépeintes Nulle ville n’offre une résistance plus sourde au Progrès. à€ Besanà§on, les administrateurs, les employés, les militaires, enfin tous ceux que le gouvernement, que Paris y envoie occuper un poste quelconque, sont désignés en bloc sous le nom expressif de la colonie. De Victor Hugo, de Nodier, de Fourier, les gloires de la ville, il n’en est pas question, on ne s’en occupe pas. une ville où tout est classé, défini, connu, casé, chiffré, numéroté comme à Besanà§on

Où il est fait usage de l’onomastique : Monsieur le baron de Watteville, homme sec, maigre et sans esprit, paraissait usé, sans qu’on pà »t savoir à quoi, car il jouissait d’une ignorance crasse ; mais comme sa femme était d’un blond ardent et d’une nature sèche devenue proverbiale (on dit encore pointue comme madame de Watteville), quelques plaisants de la magistrature prétendaient que le baron s’était usé contre cette roche. Rupt vient évidemment de rupes.

Où Flaubert n’est pas loin : Monsieur de Watteville passait sa vie dans un atelier de tourneur, il tournait ! Comme complément à cette existence, il s’était donné la fantaisie des collections. Pour les médecins philosophes adonnés à l’étude de la folie, cette tendance à collectionner est un premier degré d’aliénation mentale, quand elle se porte sur les petites choses. Le baron de Watteville amassait les coquillages, les insectes et les fragments géologiques du territoire de Besanà§on. Amédée possédait le talent de débiter avec la gravité bisontine les lieux communs à la mode, ce qui lui donnait le mérite d’àªtre un des hommes les plus éclairés de la noblesse. Il portait sur lui la bijouterie à la mode, et dans sa tàªte les pensées contrà´lées par la Presse. En voulant prendre un fragment de granit où il crut apercevoir l’empreinte d’un coquillage, fait qui eà »t souffleté quelque système de géologie, monsieur de Watteville s’était avancé sur le talus, avait perdu l’équilibre et roulé dans le lac dont la plus grande profondeur se trouve naturellement au pied de la chaussée.

Et Zola non plus : Les physiologistes et les profonds observateurs de la nature humaine vous diront, à votre grand étonnement peut-àªtre, que, dans les familles, les humeurs, les caractères, l’esprit, le génie reparaissent à de grands intervalles absolument comme ce qu’on appelle les maladies héréditaires. (...) Nous avons, de ce phénomène, un illustre exemple dans George Sand en qui revivent la force, la puissance et le concept du maréchal de Saxe, de qui elle est petite-fille naturelle.

Toujours et encore l’importance du nom : Où donc avez-vous déniché cet avocat, dit madame de Watteville. Je n’ai jamais entendu prononcer ce nom-là . Le nom de Savaron est célèbre, dit mademoiselle Philomène, qui était très forte en science héraldique. Les Savaron de Savarus sont une des plus vieilles, des plus nobles et des plus riches familles de Belgique. L’avocat Savaron ne commit pas la faute de se mettre en nom, il laissa la direction financière à son premier client, monsieur Boucher, allié par sa femme à l’un des plus forts éditeurs de grands ouvrages ecclésiastiques ; mais il se réserva la rédaction avec une part comme fondateur dans les bénéfices. Monsieur, répondit l’enfant en prenant la pièce, monsieur est le fameux libraire Lamporani de Milan, l’un des chefs de la révolution, et le conspirateur que l’Autriche désire le plus tenir au Spielberg. Une princesse Colonna n’aurait pas mieux parlé, dit Rodolphe en souriant. Est-ce, répliqua-t-elle avec un air de hauteur, un reproche sur l’humilité de ma naissance ? Faut-il un blason à votre amour ? à€ milan, les plus beuax noms : Sforza, Canova, Visconti, Trivulzio, Ursini sont écrits au-dessus des boutiques, il y a des Archinto apothicaires ; mais croyez que, malgré ma condition de boutiquière, j’ai les sentiments d’une duchesse. J’ai voulu devenir un homme politique, uniquement pour àªtre un jour compris dans une ordonnance sur la pairie sous le titre de comte Albert Savaron de Savarus, et faire revivre en France un beau nom qui s’éteint en Belgique, encore que je ne ois ni légitime, ni légitimé !

Où le romanesque est une tentation pour les personnages (et mène au pire) : Madame, dit monsieur de Soulas en s’adressant à la baronne en attendant que le potage un peu trop chaud se fà »t refroidi et en affectant de rendre son récit quasi romanesque Le portrait esquissé par le plus capable des vicaires-généraux du diocèse eut d’autant plus l’attrait d’un roman pour Philomène qu’il s’y trouvait un roman. Pour la première fois de sa vie, elle rencontrait cet extraordinaire, ce merveilleux qui caressent toutes les jeunes imaginations, et au-devant duquel se jette la curiosité, si vive à l’à¢ge de Philomène. Elle développait par avance sa témérité romanesque en faisant plans sur plans. Quoique de tels caractères soient exceptionnels, il existe malheureusement trop de Philomènes, et cette histoire contient une leà§on qui doit leur servir d’exemple.

Où seul le corps donne des indications sur ceux dont on ignore le passé (les imbéciles, superficiels et non observateurs, se contentant de voir dans la couleur rouge d’un vàªtement le signe du diable !) : Il y a plus d’un secret derrière ce masque à la fois terrible et doux, patient et impatient, plein et creusé. Je l’ai trouvé voà »té légèrement, comme tous les hommes qui ont quelque chose de lourd à porter.

Où il est question d’écrire la nuit (et d’observer, à la faveur de l’obscurité, par la fenàªtre, une pièce interdite, toujours fermée à clé) : Elle s’était promis de se lever entre deux et trois heures du matin pour voir les fenàªtres du cabinet d’Albert. Quand cette heure fut venue, elle éprouva presque du plaisir à contempler la lueur que projetaient à travers les arbres, presque dépouillés de feuilles, les bougies de l’avocat. à€ l’aide de cette excellente vue que possède une jeune fille et que la curiosité semble étendre, elle vit Albert écrivant, elle crut distinguer la couleur de l’ameublement qui lui parut àªtre rouge. (...) Quand tout le monde dort, il veille, comme Dieu ! se dit-elle.

Où il est fait référence à l’Agnès de Molière : L’éducation des filles comporte des problèmes si graves, car l’avenir d’une nation est dans la mère, que depuis longtemps l’Université de France s’est donné la tà¢che de n’y point songer.

Où est insérée une nouvelle écrite par Albert Savaron : cette première Nouvelle éclose dans la Comté

Nouvelle pour laquelle Balzac utilise un matériau imprégné d’éléments biographiques et s’en tire par une pirouette : Voici donc cette confidence où, selon les critiques du salon Chavoncourt, Albert aurait imité quelques-uns des écrivains modernes qui, faute d’invention, racontent leurs propres joies, leurs propres douleurs ou les événements mystérieux de leur existence. Et pourtant : il faut aimer avec constance, avec persistance et à distance pendant des années, sans autre plaisir que de se voir aimé. Hélas, lui dit Rodolphe, ne trouvez-vous pas ma fidélité dénuée de tout mérite en me voyant occupé par les travaux d’une ambition dévorante ? Croyez-vous que je veuille vous voir échanger un jour le beau nom de princesse Gandolphoni pour celui d’un homme qui ne serait rien ? Je veux devenir un des hommes les plus remarquables de mon pays, àªtre riche, àªtre grand, et que vous puissiez àªtre aussi fière de mon nom que de votre nom de Colonna. (le nom toujours) Ainsi commenà§a, pour ne plus finir, une correspondance entre Rodolphe et Francesca, seul plaisir qu’ils se permirent. Elle et Dieu, tels sont les deux témoins des efforts les plus courageux, des plus audacieuses tentatives d’un jeune homme doué de qualités, mais à qui, jusqu’alors, a manqué le secours du dieu des sots, le Bonheur ! Et cet infatigable athlète, soutenu par l’amour, éclairé par un regard toujours ami, par un cœur fidèle ! Amoureux ! priez pour lui ! (Balzac infatigable athlète, il y a de à§a)

Où on découvre la mode du voyage en Suisse : après avoir fini leur Droit, ils employaient les vacances au classique voyage de la Suisse Notre lac est si beau ! Lord Byron y a demeuré il y a sept ans environ, à la Villa Diodati, que maintenant tout le monde va voir comme Coppet [1], comme Ferney.

Où des lettres, cette fois non pas adressées par erreur, mais dérobées et falsifiées. Quand Philomène fut au lit, elle ouvrit cette lettre, datée de jour en jour, de manière à offrir à la duchesse une fidèle image de la vie et des sentiments d’Albert. Et voici trois mois que je n’ai reà§u de lettre d’elle ! Que devient-elle ? Celle qu’il aimait est mariée, dit-elle, je les ai séparés ! Mademoiselle de Watteville avait supprimé les lettres d’Albert à la duchesse, et celle par laquelle Francesca annonà§ait à son amant la maladie de son mari en le prévenant qu’elle ne pourrait plus lui répondre pendant le temps qu’elle se consacrerait, comme elle le devait, au moribond. Ainsi pendant les préoccupations d’Albert relativement aux élections, la duchesse ne lui avait écrit que deux lettres, celle où elle lui apprenait le danger du duc d’Argaiolo, celle où elle lui disait qu’elle était veuve, deux nobles et sublimes lettres que Philomène garda. Après avoir travaillé pendant plusieurs nuits, Philomène était parvenue à imiter parfaitement l’écriture d’Albert. Aux véritables lettres de cet amant fidèle, elle avait substitué trois lettres dont les brouillons communiqués au vieux pràªtre le firent frémir, tant le génie du mal y apparaissait dans toute sa perfection. De tous les crimes secrets ensevelis dans les mystères de la vie privée, un des plus déshonorants est celui de briser le cachet d’une lettre ou de la lire subrepticement. Toute personne, quelle qu’elle soit, poussée par quelque raison que ce soit, qui se permet cet acte, a fait une tache ineffaà§able à sa probité.

Où on apprend le mariage de la duchesse par le journal.

Où la pièce interdite d’Albert a comme un air du cabinet de Balzac : j’y ai somptueusement arrangé le cabinet mystérieux où je passe mes nuits et mes jours, et où brille le portrait de mon idole, de celle à laquelle ma vie est vouée, qui la remplit, qui est le principe de mes efforts, le secret de mon courage, la cause de mon talent. (il n’en dit pas plus dans ses lettres à Mme Hanska)

Où l’athlète se devine s’écrouler : Atteindre au but en expirant, comme le coureur antique ! voir la fortune et la mort arrivant ensemble sur le seuil de sa porte ! obtenir celle qu’on aime au moment où l’amour s’éteint ! n’avoir plus la faculté de jouir quand on a gagné le droit de vivre heureux !... oh ! de combien d’hommes ceci fut la destinée !

Où Balzac use d’un fait divers comme deux ex machina : Par un de ces hasards auxquels le vieil abbé de Grancey avait fait allusion elle se trouva sur la Loire dans le bateau à vapeur dont la chaudière fit exploser.

Où Balzac n’aura pas eu le temps de modifier le prénom de Philomène, dont la vogue fut postérieure à la date de l’action, comme le lui demandaient des personnes qui voudraient une entière exactitude dans cette histoire de mœurs.

Notes

[1] où madame de Staà« l possédait un chà¢teau

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