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traversée Balzac

La Bourse

Un personnage de peintre, comme dans La Maison du Chat-qui-pelote et Le Chef-d ?œuvre inconnu. Il y aurait une étude à mener sur ce que la peinture nous dit de l’écriture chez Balzac. Sans doute déjà effectuée. Lui qui se définit comme « peintre de mœurs ». Ainsi cette page où le réalisme se fait du clair obscur un allié : à€ la faveur du clair obscur, les ruses matérielles employées par l’art pour faire croire à des réalités disparaissent entièrement. S’il s’agit d’un tableau, les personnages qu’il représente semblent et parler et marcher : l’ombre devient ombre, le jour est jour, la chair est vivante, les yeux remuent, le sang coule dans les veines, et les étoffes chatoient. L’imagination aide au naturel de chaque détail et ne voit plus que les beautés de l ?œuvre. à€ cette heure, l’illusion règne despotiquement peut-àªtre se lève-t-elle avec la nuit ! l’illusion n’est-elle pas pour la pensée une espèce de nuit que nous meublons de songes ?

Où la beauté se présente au réveil d’un évanouissement, dans une odeur d’éther, à la lumière d’une lampe digne de la brocante, et se lit par le truchement de la peinture (Swann n’est pas loin) : Il reprit bientà´t connaissance et put apercevoir, à la lueur d’une de ces vieilles lampes dites à courant d’air, la plus délicieuse tàªte de jeune fille qu’il eà »t jamais vue, une de ces tàªtes qui souvent passent pour un caprice du pinceau, mais qui tout à coup réalisa pour lui les théories de ce beau idéal que se crée chaque artiste et d’où procède son talent. Le visage de l’inconnue appartenait, pour ainsi dire, au type fin et délicat de l’école de Prudhon, et possédait aussi cette poésie que Girodet donnait à ses figures fantastiques. (Balzac le réaliste chez qui la beauté se màªle de fantastique...)

Où l ?artiste connaît le bonheur d’échapper au besoin d’argent : il commenà§ait à ne plus connaître le besoin, et jouissait, selon son expression, de ses dernières misères (dernières misères que Balzac espère tout au long de sa correspondance)

Où le nom est de nouveau énigme, comme dans Le Bal de Sceaux ou La Vendetta : C’est drà´le, monsieur, la mère se nomme autrement que sa fille. en causant avec madame Leseigneur, car Hyppolyte lui donna ce nom à tout hasard la baronne Leseigneur de Rouville (le nom est connu du lecteur après explication du passé, l’histoire individuelle croisant celle à la grande hache)

Où Balzac nous décrit un appartement, au sein duquel le passé affleure (il affleurait déjà avec la lampe à courant d’air) : Aucun peintre de mœurs n’a osé nous initier, par pudeur peut-àªtre, aux intérieurs vraiment curieux de certaines habitations d’où sortent de si fraîches, de si élégantes toilettes, des femmes si brillantes qui, riches au dehors, laissent voir partout chez elle les signes d’une fortune équivoque. Si la peinture est ici trop franchement dessinée, si vous y trouvez des longueurs, n’en accusez pas la description qui fait, pour ainsi dire, corps avec l’histoire ; car l’aspect de l’appartement habité par ses deux voisines influa beaucoup sur les sentiments et sur les espérances d’Hyppolyte Schinner. (Balzac ose, et justifie :« la description qui fait, pour ainsi dire, corps avec l’histoire »)

Où il y a de nouveau difficulté à rabouter (ici, distorsion entre l’apparente pureté de la jeune femme et l’appartement, entre rang social passé et misère présente) : Pour un observateur, il y avait je ne sais quoi de désolant dans le spectacle de cette misère fardée comme une vieille femme qui veut faire mentir son visage. à€ ce spectacle, tout homme de bon sens se serait proposé secrètement et tout d’abord cette espèce de dilemme : ou ces deux femmes sont la probité màªme, ou elles vivent d’intrigues et de jeu. Mais en voyant Adélaà¯de, un jeune homme aussi pur que l’était Schinner devait croire à l’innocence la plus parfaite, et pràªter aux incohérences de ce mobilier les plus honorables causes. Est-ce que tu crois aux baronnes logées au quatrième ?

Où le visage de la femme est le théà¢tre du jeu entre apparences et réalité, et rejoint l’appartement comme énigme à résoudre : En effet, le visage de la femme a cela d’embarrassant pour les observateurs vulgaires, que la différence entre la franchise et la duplicité, entre le génie de l’intrigue et le génie du cœur, y est imperceptible. L’homme doué d’une vue pénétrante devine ces nuances insaisissables que produisent une ligne plus ou moins courbe, une fossette plus ou moins creuse, une saillie plus ou moins bombée ou proéminente. L’appréciation de ces diagnostics est tout entière dans le domaine de l’intuition, qui peut seule faire découvrir de que chacun est intéressé à cacher. Il en était du visage de cette vieille dame comme de l’appartement qu’elle habitait : il semblait aussi difficile de savoir si cette misère couvrait des vices ou une haute probité, que de reconnaître si la mère d’Adélaà¯de était une ancienne coquette habituée à tout peser, à tout calculer, à tout vendre, ou une femme aimante, pleine de noblesse et d’aimables qualités.

Où le romanesque s’invite de nouveau : Son amour était celui du chevalier des Grieux admirant et purifiant sa maîtresse jusque sur la charrette qui mène en prison les femmes perdues. (...) L’amour fait son profit de tout. Rien ne séduit plus un jeune homme que de jouer le rà´le d’un bon génie auprès d’une femme. Il y a je ne sais quoi de romanesque dans cette entreprise, qui sied aux à¢mes exaltées.

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