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notes de chevet

constater, en rangeant mes paquets de graines

constater, en rangeant mes paquets de graines, qu’un bon nombre ont dépassé leur date de péremption, avoir du mal à les jeter, parce que le sentiment de tenir entre ses mains de la vie qui ne demande qu’à , s’en vouloir d’une réaction aussi idiote, puisque savoir depuis longtemps que les graines périmées ne poussent pas, l’avoir appris dès l’enfance, quand ces paquets confiés par mon père, oubliés au fond du tiroir de cette longue table de chêne abandonnée au sous-sol, un de ces meubles venus s’entasser au fil des morts, table de ferme où faire tenir famille et valets — moi, c’est dans un meuble à tiroirs en plastique que je les range, posé sur ce qui autrefois fut un bureau —, paquets qu’il recevait à l’usine, ainsi que la revue mensuelle qui les accompagnait — incapable d’en retrouver le titre, ça devait avoir trait aux jardins ouvriers, mais pas sûr, peut-être un grainetier, revoir encore le fond jaune de la couverture, se souvenir qu’il les conservait dans le tiroir qui lui était réservé dans le buffet de la salle à manger, avec ses fiches de paye et les papiers de la banque —, paquets aux graines mortes, donnés au gamin parce qu’un gamin ça s’amuse en marge du réel, qu’on vient au monde avec le travail, celui qui vous casse les reins et fait perler la sueur — l’étonnement que c’était quand malgré tout ça venait, qu’un peu de vert sortait de terre, l’alignement seul pour confirmer que c’était autre chose que de la mauvaise herbe, accroupi observer le rang formé, marqué d’un osier fiché en terre — avec la rogne d’être autant bordélique, ce miracle contenu en toute graine qui remonte, et l’impression que toute vie en tient

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