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notes sur le blues

fiction blues #1

à écouter avant, pendant ou après la lecture...

hard times, hard times, assis à la table de ta cuisine, un mug de café et tes clopes, écouter en boucle, les machines le permettent, sans avoir besoin de te relever, monter le volume et que à§a s’installe, quoi c’est pas ton affaire, le piano qui tient l’ensemble, les phrasés brefs de la guitare, ne pas dire nerveux chaque fois que bref, trop de facilités dès que les mots, imprécis à vouloir nommer, chaque fois, le constater, de toute faà§on pas ton affaire les mots, hard times, hard times, pas par là que à§a passe, c’est ailleurs, trop pressés les mots, figent, engluent, leur sale manie le définitif, pas une phrase qui ne se conjugue à l’infinitif, au c’est comme à§a et pas autrement, màªme si aussità´t se dire que c’était pas à§a, qu’on n’aurait pas dà », qu’il aurait fallu, qu’il faudrait, les mots à§a demande qu’à s’empiler, des tas les uns au bout des autres, et puis les uns par dessus les autres, pour masquer ceux qui précèdent, qu’étaient pas les bons, qui sont jamais ceux qu’il faudrait, c’est à jamais en finir avec les mots, à tout le temps regretter et essayer de réparer les dégà¢ts, avec les mots que t’as foutu ta vie en l’air, les mots que t’as pas su dire, que t’as pas pu à force de tourner autour, tellement tu voulais pas te louper avec, ceux que t’as balancés trop vite, dans l’élan de la colère, boostés d’alcool, tous encore à te bouffer le dedans, trop de mots au dedans, les napper de son qu’ils fassent silence, écouter fort, écouter longtemps, pour jouer aussi, comme à§a que tu cherches, dans la durée et la répétition, que tu cherches à pénétrer, quoi à§a serait encore des mots alors, et trop peur de rompre l’équilibre, l’espèce de charme, expression à la con, ce qui s’y tient de mièvrerie, ou de charlatan à hypnose, au choix, serpent qui se déroule hors du panier, hard times, hard times, les mots, tout le temps les mots, sacrément tenaces à toujours revenir à la charge, n’empàªche, drà´le de hasard d’àªtre venu habiter ici, toutes ces rues avec des noms d’écrivains, le redorer comme on peut l’hlm horizontal, ici au moins un peu plus peinard, en appart à peine si tu pouvais toucher l’acoustique, la crise aussità´t, branle bas de combat dans les étages, hard times, hard times, sà »rement pas des masses qui les aient lus les bouquins de ces gars-là , mais pour les pignoufs autour à§a faisait tout de suite plus respectable qu’une rue John Lee Hooker, « t’habites où ? » « rue des trois King », mais faut pas ràªver, hard times, hard times, écouter, c’est ligne qui se dégage, phrasé qui tourne en boucle, hard times seem like they’re here to stay, ce chemin jusqu’à résolution, cette note où venir aboutir, et que c’est d’elle que tient l’ensemble, et vers elle que tend chaque élément, poussée lente et sà »re, hard times, hard times, toujours possible de moduler avant d’aboutir, tandis qu’avec les mots, jamais bien sà »r de retomber sur tes pattes, tu en laissais tellement de phrases en chantier, en train de tourner sur elles-màªmes comme ballons de foire qui se dégonflent, if I don’t get a job pretty soon, I don’t know what I’m gonna do, autre chose de chanter, seulement prétexte les mots collés dessus, cette chanson-là tu en connais des dizaines de versions, d’autres mots, d’autres histoires, mais ce qui au dedans du morceau, ce qui s’y retrouve une fois balayés les mots, ce qui t’y parle, hard times, hard times, souvent tu chantais en yaourt, que à§a sonne c’est tout, souvent trop picolé pour te souvenir, alors yeah babe blue gonna watcha wanna do, nuit au poste ou chà´mage ou cette fille qu’est pas rentrée de la nuit, on s’en fout des mots, c’est autre chose qui compte, de l’angoisse de la peine, mais on s’en fout aussi de nommer, c’est de faire sortir qu’il faut, marteau-piqueur qui creuse, excavateur, partir à l’aventure sans savoir sur quoi on va tomber, mais que à§a sorte, que à§a vienne affleurer au moins, et s’enfonce au plus profond dans le silence d’après

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