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je ne rentrais pas les mains vides

En màªme temps que les ouvrages dont l’intéràªt tenait à l’éloignement des choses qu’ils disaient, j’ai donc cherché celui dont j’ignorais le titre te qui s’appliquerait au lieu où je lisais, à l’air ancien qu’on respirait, à l’insuffisante lumière, à l’ennui, aux réclamations qu’on brà »lait d’élever. En dépit de son inconfort monumental, du froid des murailles, du retard que le fonds accusait sur le mouvement général, la bibliothèque municipale confortait, du seul fait d’exister, les doutes qu’on était spontanément enclin à élever. Il y avait d’autres choses que celles que nus avions toujours, d’autres manières de faire, aussi. Elles avaient beau n’avoir d’existence que par l’entremise du papier, elles suffisaient à tempérer l’évidence et la nécessité des choses-choses, des vrais hommes et des non moins réelles femmes auxquels on était confronté. Les lectures du samedi ne me procuraient pas seulement l’oubli passager de la salle où je lisais, du livre fourbu que je tenais. Je ne rentrais pas les mains vides des lointains où je m’étais porté pendant l’après-midi. La pièce silencieuse, la clarté trouble, à¢gée, du vitrage à plomb où je reprenais pied n’étaient plus tout à fait les màªmes. On s’en accommodait moins mal pour s’en àªtre, un moment, absenté. Elles n’étaient pas les seules màªme si les contrées où l’on avait marché, vécu avaient tiré leurs prestiges et leurs cieux, leurs oiseaux, leurs palmes, leurs neiges et leurs eaux, leur sol màªme, du volume poudreux où l’on avait le nez plongé. Pierre Bergounioux, La mort de Brune

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