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Conseils au bon voyageur

Ville au bout de la route et route prolongeant le ville : ne choisis donc pas l’une ou l’autre, mais l’une et l’autre bien alternées.

Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient que la plaine ronde libère. Aime à sauter roches et marches ; mais caresse les dalles où le pied pose bien à plat.

Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux, si tu sais àªtre seul, déverse-toi parfois jusqu’à la foule.

Garde bien d’élire un asile. Ne crois pas à la vertu d’une vertu durable : romps-la de quelque forte épice qui brà »le et morde et donne un goà »t màªme à la fadeur.

Ainsi, sans arràªt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,

Mais aux remous pleins d’ivresse du grand fleuve Diversité.

Victor Ségalen, Stèles, "Conseils au bon voyageur".

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