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traversée Balzac

Les Célibataires | Un ménage de garçon

Où Balzac se mêle encore une fois d’hérédité :

De même que, selon une observation vulgaire, la goutte saute par-dessus une génération, et va d’un grand-père à un petit-fils, de même il n’est pas rare de voir la ressemblance se comportant comme la goutte. Ainsi, l’aîné des enfants d’Agathe, qui ressemblait à sa mère, eut tout le moral du docteur Rouget, son grand-père. Léguons la solution de cet autre problème au vingtième siècle avec une belle nomenclature d’animalcules microscopiques, et nos neveux écriront peut-être autant de sottises que nos Corps Savants en ont écrit déjà sur cette question ténébreuse.

Où Balzac justifie son art du détail financier :

Rien de toutes ces choses si menues n’est inutile à l’enseignement profond qui résultera de cette histoire prise aux intérêts les plus ordinaires de la vie, mais dont la portée n’en sera peut-être que plus étendue.

Où se trouvent associés génie et douceur :

Joseph ne savait pas encore, le pauvre enfant, que les militaires d’un vrai talent sont doux et polis comme les autres gens supérieurs. Le génie est en toute chose semblable à lui-même.

Où Balzac évoque l’Amérique :

Ses malheurs au Texas, son séjour à New-York, pays où la spéculation et l’individualisme sont portés au plus haut degré, où la brutalité des intérêts arrive au cynisme, où l’homme, essentiellement isolé, se voit contraint de marcher dans sa force et de se faire à chaque instant juge dans sa propre cause, où la politesse n’existe pas (...). Enfin, le spectacle de New-York, interprété par cet homme d’action, lui avait enlevé les moindres scrupules en fait de moralité.

Où Balzac utilise le verbe se chafrioler.

Où Balzac évoque la loterie :

Cette passion, si universellement condamnée, n’a jamais été étudiée. Personne n’y a vu l’opium de la misère. La loterie, la plus puissante fée du monde, ne développait-elle pas des espérances magiques ? Le coup de roulette qui faisait voir aux joueurs des masses d’or et de jouissances ne durait que ce que dure un éclair ; tandis que la loterie donnait cinq jours d’existence à ce magnifique éclair. Quelle est aujourd’hui la puissance sociale qui peut, pour quarante sous, vous rendre heureux pendant cinq jours et vous livrer idéalement tous les bonheurs de la civilisation ? Le tabac, impôt mille fois plus immoral que le jeu, détruit le corps, attaque l’intelligence, il hébète une nation ; tandis que la loterie ne causait pas le moindre malheur de ce genre. Cette passion était d’ailleurs forcée de se régler et par la distance qui séparait les tirages, et par la roue que chaque joueur affectionnait.

Où Balzac a goût pour l’archéologie et la toponymie fantaisiste : En effet, des fouilles récemment opérées par un savant archéologue de cette ville, M. Armand Pérémet, ont fait découvrir sous la célèbre tour d’Issoudun une basilique du cinquième siècle, la seule probablement qui existe en France. Cette église garde, dans ses matériaux même, la signature d’une civilisation antérieure, car ses pierres proviennent d’un temple romain qu’elle a remplacé. Ainsi, d’après les recherches de cet antiquaire, Issoudun comme toutes les villes de France dont la terminaison ancienne ou moderne comporte le DUN (dunum), offrirait dans son nom le certificat d’une existence autochtone. Ce mot Dun, l’apanage de toute éminence consacrée par le culte druidique, annoncerait un établissement militaire et religieux des Celtes. Les Romains auraient bâti sous le Dun des Gaulois un temple à Isis. De là, selon Chaumeau, le nom de la ville :Is-sous-Dun ! Is serait l’abréviation d’lsis. (...) Il existe un autre témoignage de l’antique puissance d’Issoudun dans la canalisation de la Tournemine, petite rivière exhaussée de plusieurs mètres sur une grande étendue de pays au-dessus du niveau de la Théols, la rivière qui entoure la ville. Cet ouvrage est dû, sans aucun doute, au génie romain. Enfin le faubourg qui s’étend du Château vers le nord est traversé par une rue, nommée depuis plus de deux mille ans, la rue de Rome. Le faubourg lui-même s’appelle faubourg de Rome.

Où il est question de vinification : Les vignobles d’Issoudun produisent un vin qui se boit dans deux départements, et qui, s’il se fabriquait comme la Bourgogne et la Gascogne fabriquent le leur, deviendrait un des meilleurs vins de France. Hélas ! faire comme faisaient nos pères, ne rien innover, telle est la loi du pays. Les vignerons continuent donc à laisser la râpe pendant la fermentation, ce qui rend détestable un vin qui pourrait être la source de nouvelles richesses et un objet d’activité pour le pays. Grâce à l’âpreté que la râpe lui communique et qui, dit-on, se modifie avec l’âge, ce vin traverse un siècle. Cette raison donnée par le Vignoble est assez importante en œnologie pour être publiée. Guillaume-le-Breton a d’ailleurs célébré dans sa Philippide cette propriété par quelques vers.

Où s’exprime la détestation de la bourgeoisie :

Ainsi, la mollesse de l’administration concordait admirablement à la situation intellectuelle et morale du pays. Les événements de cette histoire peindront d’ailleurs les effets de cet état de choses qui n’est pas si singulier qu’on pourrait le croire. Beaucoup de villes en France, et particulièrement dans le Midi, ressemblent à Issoudun. L’état dans lequel le triomphe de la Bourgeoisie a mis ce Chef-lieu d’arrondissement est celui qui attend toute la France et même Paris, si la Bourgeoisie continue à rester maîtresse de la politique extérieure et intérieure de notre pays.

Où il est question d’urbanisme :

Quoique le Château d’Issoudun ait le caractère d’une vieille ville avec ses rues étroites et ses vieux logis, la ville proprement dite, qui fut prise et brûlée plusieurs fois à différentes époques, notamment durant la Fronde où elle brûla tout entière, a un aspect moderne. Des rues spacieuses, relativement à l’état des autres villes, et des maisons bien bâties forment avec l’aspect du Château un contraste assez frappant qui vaut à Issoudun, dans quelques géographies, le nom de Jolie.

Où se réjouir de l’expression ivrogne à triple broc

Où les noms, toujours :

Mais, reprit François, il me semble que si le vieux Rouget révoquait son testament, dans le cas où il en aurait fait un au profit de la Rabouilleuse…

Ici Max coupa la parole à son séide par ces mots : — Quand, en venant ici, je vous ai entendu nommer un des cinq Hochons, suivant le calembour qu’on faisait sur vos noms depuis trente ans, j’ai fermé le bec à celui qui t’appelait ainsi, mon cher François, et d’une si verte manière, que, depuis, personne à Issoudun n’a répété cette niaiserie, devant moi du moins ! Et voilà comment tu t’acquittes avec moi : tu te sers d’un surnom méprisant pour désigner une femme à laquelle on me sait attaché.

Le seul service que puisse me rendre la bonne femme est de crever le plus tôt possible, car elle ferait une triste figure à mon mariage avec mademoiselle de Soulanges. Moins j’aurai de famille, meilleure sera ma position. Tu comprends très bien que je voudrais enterrer le nom de Bridau sous tous les monuments funéraires du Père-Lachaise !… Mon frère m’assassine en produisant mon vrai nom au grand jour ! Tu as trop d’esprit pour ne pas être à la hauteur de ma situation, toi ! Voyons ?… si tu devenais député, tu as une fière platine, tu serais craint comme Chauvelin, et tu pourrais être fait comte Bixiou, Directeur des Beaux-Arts. Arrivé là, serais-tu content, si ta grand-mère Descoings vivait encore, d’avoir à tes côtés cette brave femme qui ressemblait à une madame Saint-Léon ? lui donnerais-tu le bras aux Tuileries ? la présenterais-tu à la famille noble où tu tâcherais alors d’entrer ? Tu souhaiterais, sacrebleu ! la voir à six pieds sous terre, calfeutrée dans une chemise de plomb. Tiens, déjeune avec moi, et parlons d’autre chose. Je suis un parvenu, mon cher, je le sais. Je ne veux pas laisser voir mes langes !… Mon fils, lui, sera plus heureux que moi, il sera grand seigneur. Le drôle souhaitera ma mort, je m’y attends bien, ou il ne sera pas mon fils.

Où il est question d’ignorance en matière d’art :

Les Descoings avaient trié ces richesses dans trois cents tableaux d’église, sans en connaître la valeur, et en les choisissant uniquement d’après leur conservation. Plusieurs avaient non-seulement des cadres magnifiques, mais encore quelques-uns étaient sous verre. Ce fut à cause de la beauté des cadres et de la valeur que les vitres semblaient annoncer que les Descoings gardèrent ces toiles.

La grande peinture est bien malade, lui disait son ami Pierre Grassou qui faisait des croûtes au goût de la Bourgeoisie dont les appartements se refusent aux grandes toiles.

Oh ! comme je voudrais savoir ce que c’est que la couleur ! s’écria-t-elle un soir en entendant une discussion sur un tableau.

Où retrouver ce plateau et ces verres qui te plaisaient tant dans l’enfance :

Adolphine tenait une assiette de laque pleine de ces vieux petits verres à pans gravés dont le bord est doré

Où le temps figé est dit d’un détail :

Ah ! ma marraine, ma vie a été cruellement agitée en comparaison de la vôtre, s’écria madame Bridau surprise de retrouver jusqu’à un serin, qu’elle avait connu vivant, empaillé sur la cheminée entre la vieille pendule, les vieux bras de cuivre et des flambeaux d’argent.

Où Balzac réécrit Shakespeare :

Philippe venait de jouer en petit la scène que joue Richard III avec la reine qu’il vient de rendre veuve.

Où la comédie, le mensonge et les illusions :

Joseph pria Bixiou, qui se trouvait lancé dans le monde bohémien que fréquentait parfois Philippe, d’obtenir de cet infâme parvenu qu’il jouât, par pitié, la comédie d’une tendresse quelconque afin d’envelopper le cœur de cette pauvre mère dans un linceul brodé d’illusions. En sa qualité d’observateur et de railleur misanthrope, Bixiou ne demanda pas mieux que de s’acquitter d’une semblable mission.

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