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traversée Balzac

Ursule Mirouet

Où la ville est un avant : En entrant à Nemours du cà´té de Paris, on passe sur le canal du Loing, dont les berges forment à la fois de champàªtres remparts et de pittoresques promenades à cette jolie petite ville. Depuis 1830, on a malheureusement bà¢ti plusieurs maisons en deà§à du pont. Si cette espèce de faubourg s ?augmente, la physionomie de la ville y perdra sa gracieuse originalité. Mais, en 1829, les cà´tés de la route étant libres

Où l’importance des noms (et où Balzac désigne la source de son intéràªt pour l’onomastique) : En pensant que cette espèce d ?éléphant sans trompe et sans intelligence, se nomme Minoret-Levrault, ne doit-on pas reconnaître avec Sterne l ?occulte puissance des noms qui tantà´t raillent et tantà´t prédisent les caractères ?

Sous Louis XI, époque à laquelle le Tiers-à‰tat a fini par faire de ses surnoms de véritables noms dont quelques uns se màªlèrent à ceux de la Féodalité, la bourgeoisie de Nemours se composait de Minoret, de Massin, de Levrault et de Crémière. Sous Louis XIII, ces quatre familles produisaient déjà des Massin-Crémière, des Levrault-Massin, des Massin-Minoret, des Minoret-Minoret, des Crémière-Levrault, des Levrault-Minoret-Massin, des Massin-Levrault, des Minoret-Massin, des Massin-Massin, des Crémière-Massin, tout cela bariolé de junior, de fils aîné, de Crémière-Franà§ois, de Levrault-Jacques, de Jean-Minoret, à rendre fou le père Anselme du Peuple, si le Peuple avait jamais besoin de généalogiste. Les variations de ce kaléidoscope domestique à quatre éléments se compliquaient tellement par les naissances et par les mariages, que l ?arbre généalogique des bourgeois de Nemours eà »t embarrassé les Bénédictins de l ?Almanach de Gotha eux-màªmes, malgré la science atomistique avec laquelle ils disposent les zigzags des alliances allemandes. Pendant longtemps, les Minoret occupèrent les tanneries, les Crémière tinrent les moulins, les Massin s ?adonnèrent au commerce, les Levrault restèrent fermiers. Heureusement pour le pays, ces quatre souches tallaient au lieu de pivoter, ou repoussaient de bouture par l ?expatriation des enfants qui cherchaient fortune au dehors : il y a des Minoret couteliers à Melun, des Levrault à Montargis, des Massin à Orléans et des Crémière devenus considérables à Paris. Diverses sont les destinées de ces abeilles sorties de la ruche-mère. Des Massin riches emploient nécessairement des Massin ouvriers, de màªme qu ?il y a des princes allemands au service de l ?Autriche ou de la Prusse. Le màªme département voit un Minoret millionnaire gardé par un Minoret soldat. Pleines du màªme sang et appelées du màªme nom pour toute similitude, ces quatre navettes avaient tissé sans relà¢che une toile humaine dont chaque lambeau se trouvait robe ou serviette, batiste superbe ou doublure grossière. Le màªme sang était à la tàªte, aux pieds ou au cœur, en des mains industrieuses, dans un poumon souffrant ou dans un front gros de génie. Les chefs de clan habitaient fidèlement la petite ville, où les liens de parenté se relà¢chaient, se resserraient au gré des événements représentés par ce bizarre cognomonisme. En quelque pays que vous alliez, changez les noms, vous retrouverez le fait, mais sans la poésie que la Féodalité lui avait imprimée et que Walter Scott a reproduite avec tant de talent.

La nourrice de la petite Ursule, veuve d’un pauvre ouvrier sans autre nom qu’un nom de baptàªme

On l’avait appelée la Bougival par l’impossibilité reconnue d’appliquer à sa personne son prénom d’Antoinette, car les noms et les figures obéissent aux lis de l’harmonie.

Prenez garde, mon cher, lui dit de Marsay, vous avez un beau nom, et si vous n’acquérez pas la fortune qu’exige votre nom, vous pourrez aller finir vos jours sous un habit de maréchal-des-logis dans un régiment de cavalerie.

il est plus fin que cent Goupils, ajouta le notaire, sans savoir que Goupil est la corruption du mot latin vulpes, renard

Le nom de Portenduère, que sa mère lui disait tout-puissant, n’était rien à Paris.

réintégrer le nom de Portenduère à la marine

Où Rousseau est pour une fois épargné : Le docteur épousa par amour, en 1778, temps où régnait la Nouvelle-Héloà¯se et où l’on se mariait quelquefois par amour

Athée à la faà§on de monsieur de Wolmar dans la Nouvelle Héloà¯se, il ne se reconnut pas le droit de priver Ursule des bénéfices offerts par la religion catholique.

Où la cà´te rehausse les paysages (et où le paysage est comparé au livre) : En traversant la France, où l ?œil est si promptement lassé par la monotonie des plaines, qui n ?a pas eu la charmante sensation d ?apercevoir en haut d ?une cà´te, à sa descente ou à son tournant, alors qu ?elle promettait un paysage aride, une fraîche vallée arrosée par une rivière et une petite ville abritée sous le rocher comme une ruche dans le creux d ?un vieux saule ? En entendant le hue ! du postillon qui marche le long de ses chevaux, on secoue le sommeil, on admire comme un ràªve dans le ràªve quelque beau paysage qui devient pour le voyageur ce qu ?est pour un lecteur le passage remarquable d ?un livre, une brillante pensée de la nature. Telle est la sensation que cause la vue soudaine de Nemours en y venant de la Bourgogne.

Où, dans sa défense du magnétisme, Balzac renvoie dos à dos les Lumières et l’à‰glise : il est triste pour la raison humaine et pour la France d ?avoir à constater qu ?une science contemporaine des sociétés, également cultivée par l ?à‰gypte et par la Chaldée, par la Grèce et par l ?Inde, éprouva dans Paris en plein dix-huitième siècle le sort qu ?avait eu la vérité dans la personne de Galilée au seizième, et que le magnétisme y fut repoussé par les doubles atteintes des gens religieux et des philosophes matérialistes également alarmés. Le magnétisme, la science favorite de Jésus et l ?une des puissances divines remises aux apà´tres, ne paraissait pas plus prévu par l ?à‰glise que par les disciples de Jean-Jacques et de Voltaire, de Locke et de Condillac. L ?Encyclopédie et le Clergé ne s ?accommodaient pas de ce vieux pouvoir humain qui sembla si nouveau.

Ces malheureux, qui déifiaient tout plutà´t que d ?admettre un Dieu, reculaient aussi devant la divisibilité infinie de la matière que comporte la nature des forces impondérables. Locke et Condillac ont alors retardé de cinquante ans l ?immense progrès que font en ce moment les sciences naturelles sous la pensée d ?unité due au grand Geoffroy Saint-Hilaire. Quelques gens droits, sans système, convaincus par des faits consciencieusement étudiés, persévérèrent dans la doctrine de Mesmer, qui reconnaissait en l ?homme l ?existence d ?une influence pénétrante, dominatrice d ?homme à homme, mise en œuvre par la volonté, curative par l ?abondance du fluide, et dont le jeu constitue un duel entre deux volontés, entre un mal à guérir et le vouloir de guérir.

... et se fait l’avocat de l’irrationnel : La phrénologie et la physiognomie, la science de Gall et celle de Lavater, qui sont jumelles, dont l ?une est à l ?autre ce que la cause est à l ?effet, démontraient aux yeux de plus d ?un physiologiste les traces du fluide insaisissable, base des phénomènes de la volonté humaine, et d ?où résultent les passions, les habitudes, les formes du visage et celles du crà¢ne. Enfin, les faits magnétiques, les miracles du somnambulisme, ceux de la divination et de l ?extase, qui permettent de pénétrer dans le monde spirituel, s ?accumulaient. L ?histoire étrange des apparitions du fermier Martin si bien constatées, et l ?entrevue de ce paysan avec Louis XVIII ; la connaissance des relations de Swedenborg avec les morts, si sérieusement établie en Allemagne, les récits de Walter Scott sur les effets de la seconde vue ; l ?exercice des prodigieuses facultés de quelques diseurs de bonne aventure qui confondent en une seule science la chiromancie, la cartomancie et l ?horoscopie ; les faits de catalepsie et ceux de la mise en œuvre des propriétés du diaphragme par certaines affections morbides ; ces phénomènes au moins curieux, tous émanés de la màªme source, sapaient bien des doutes, emmenaient les plus indifférents sur le terrain des expériences. Minoret ignorait ce mouvement des esprits, si grand dans le nord de l ?Europe, encore si faible en France, où se passaient néanmoins de ces faits qualifiés de merveilleux par les observateurs superficiels, et qui tombent comme des pierres au fond de la mer, dans le tourbillon des événements parisiens.

... avant de préciser où il veut en venir : Une forte muraille s ?écroula pour ainsi dire en lui-màªme, car il vivait appuyé sur deux bases : son indifférence en matière de religion et sa dénégation du magnétisme. En prouvant que les sens, construction purement physique, organes dont tous les effets s ?expliquaient, étaient terminés par quelques-uns des attributs de l ?infini, le magnétisme renversait ou du moins lui paraissait renverser la puissante argumentation de Spinosa : l ?infini et le fini, deux éléments, incompatibles selon ce grand homme, se trouvaient l ?un dans l ?autre. Quelque puissance qu ?il accordà¢t à la divisibilité, à la mobilité de la matière, il ne pouvait pas lui reconnaître des qualités quasi-divines. Enfin il était devenu trop vieux pour rattacher ces phénomènes à un système, pour les comparer à ceux du sommeil, de la vision, de la lumière. Toute sa science, basée sur les assertions de l ?école de Locke et Condillac, était en ruines. En voyant ses creuses idoles en pièces, nécessairement son incrédulité chancelait. Ainsi tout l ?avantage, dans le combat de cette enfance catholique contre cette vieillesse voltairienne, allait àªtre à Ursule. Dans ce fort démantelé, sur ces ruines ruisselait une lumière. Du sein de ces décombres éclatait la voix de la prière ! Néanmoins l ?obstiné vieillard chercha querelle à ses doutes. Encore qu ?il fà »t atteint au cœur, il ne se décidait pas, il luttait toujours contre Dieu. Cependant son esprit parut vacillant, il ne fut plus le màªme. Devenu songeur outre mesure, il lisait les Pensées de Pascal, il lisait la sublime Histoire des Variations de Bossuet, il lisait Bonald, il lut saint Augustin ; il voulut aussi parcourir les œuvres de Swedenborg et de feu Saint-Martin, desquels lui avait parlé l ?homme mystérieux. L ?édifice bà¢ti chez cet homme par le matérialisme craquait de toutes parts, il ne fallait plus qu ?une secousse ; et, quand son cœur fut mà »r pour Dieu, il tomba dans la vigne céleste comme tombent les fruits.

Où le magnétisme éclaire aussi le sentiment amoureux : Ce qui t ?arrive, c ?est l ?amour, ma fille, dit le vieillard avec une expression de profonde tristesse, c ?est l ?amour dans sa sainte naà¯veté, l ?amour comme il doit àªtre : involontaire, rapide, venu comme un voleur qui prend tout… oui, tout ! Et je m ?y attendais. J ?ai bien observé les femmes, et sais que, si chez la plupart l ?amour ne s ?empare d ?elles qu ?après bien des témoignages, des miracles d ?affection, si celles-là ne rompent leur silence et ne cèdent que vaincues ; il en est d ?autres qui, sous l ?empire d ?une sympathie explicable aujourd ?hui par les fluides magnétiques, sont envahies en un instant.

Où est évoqué l’usage du mot romanesque : elle paraît romanesque (l’excessive sensibilité s’appelle ainsi chez les notaires)

Où les temps changent : L’amiral de Kergarouà« t n’existait que par sa femme. Il avait vu des orateurs, des gens venus du milieu social inférieur à la noblesse ou de petits gentilshommes àªtre des personnages i,fluents. Enfin l’argent le pivot, l’unique moyen, l’unique mobile d’une Société que Louis XVIII avait voulu créer à l’instar de celle d’Angleterre.

Où Balzac s’intéresse de nouveau à la musique : Il arrive souvent qu ?un morceau pauvre en lui-màªme, mais exécuté par une jeune fille sous l ?empire d ?un sentiment profond, fasse plus d ?impression qu ?une grande ouverture pompeusement dite par un orchestre habile. Il existe en toute musique, outre la pensée du compositeur, l ?à¢me de l ?exécutant, qui, par un privilège acquis seulement à cet art, peut donner du sens et de la poésie à des phrases sans grande valeur. Chopin prouve aujourd ?hui pour l ?ingrat piano la vérité de ce fait déjà démontré par Paganini pour le violon. Ce beau génie est moins un musicien qu ?une à¢me qui se rend sensible et qui se communiquerait par toute espèce de musique, màªme par de simples accords. Par sa sublime et périlleuse organisation, Ursule appartenait à cette école de génies si rares ; mais le vieux Schmucke, le maître qui venait chaque samedi et qui pendant le séjour d ?Ursule à Paris la vit tous les jours, avait porté le talent de son élève à toute sa perfection. Le Songe de Rousseau, morceau choisi par Ursule, une des compositions de la jeunesse d ?Hérold, ne manque pas d ?ailleurs d ?une certaine profondeur qui peut se développer à l ?exécution ; elle y jeta les sentiments qui l ?agitaient et justifia bien le titre de Caprice que porte ce fragment. Par un jeu à la fois suave et ràªveur, son à¢me parlait à l ?à¢me du jeune homme et l ?enveloppait comme d ?un nuage par des idées presque visibles.

la puissance du seul art qui parle à la pensée par la pensée màªme, sans le secours de la parole, des couleurs ou de la forme

Où Balzac de nouveau s’intéresse aux fenàªtres (et où la fenàªtre donne à voir l’écriture en train de se faire) : Le lendemain matin, en se levant, Ursule et Savinien eurent une màªme pensée. Cette entente ferait naître l ?amour si elle n ?en était pas déjà la plus délicieuse preuve. Lorsque la jeune fille écarta légèrement ses rideaux afin de donner à ses yeux l ?espace strictement nécessaire pour voir chez Savinien, elle aperà§ut la figure de son amant au-dessus de l ?espagnolette en face. Quand on songe aux immenses services que rendent les fenàªtres aux amoureux, il semble assez naturel d ?en faire l ?objet d ?une contribution. Après avoir ainsi protesté contre la dureté de son parrain, Ursule laissa retomber les rideaux, et ouvrit ses fenàªtres pour fermer ses persiennes à travers lesquelles elle pourrait désormais voir sans àªtre vue. Elle monta bien sept ou huit fois pendant la journée à sa chambre, et trouva toujours le jeune vicomte écrivant, déchirant des papiers et recommenà§ant à écrire, à elle sans doute !

Où encore une fois l’arrière-plan de la conquàªte de l’Algérie : après une croisière contre les Algériens, avec lesquels nous sommes en guerre, je puis subir un examen et devenir aspirant. Enfin, si je me distingue dans l ?expédition qui se prépare contre Alger, je serai certainement enseigne

Depuis la prise d’Alger, où Savinien se distingua par un trait de courage qui lui valut la croix

Où les morts visitent les ràªves : Dans cet état de prostration corporelle qui laissait l ?à¢me et l ?esprit libres, elle devint le théà¢tre de phénomènes dont les effets furent d ?ailleurs terribles et de nature à occuper la science, si la science avait été mise dans une pareille confidence. Dix jours après la visite de madame de Portenduère, Ursule subit un ràªve qui présenta les caractères d ?une vision surnaturelle autant par les faits moraux que par les circonstances pour ainsi dire physiques. Feu Minoret, son parrain, lui apparut et lui fit signe de venir avec lui ; elle s ?habilla, le suivit au milieu des ténèbres jusque dans la maison de la rue des Bourgeois où elle retrouva les moindres choses comme elles étaient le jour de la mort de son parrain. Le vieillard portait les vàªtements qu ?il avait sur lui la veille de sa mort, sa figure était pà¢le, ses mouvements ne rendaient aucun son ; néanmoins Ursule entendit parfaitement sa voix, quoique faible et comme répétée par un écho lointain. Le docteur amena sa pupille jusque dans le cabinet du pavillon chinois où il lui fit soulever le marbre du petit meuble de Boulle, comme elle l ?avait soulevé le jour de sa mort ; mais au lieu de n ?y rien trouver, elle vit la lettre que son parrain lui recommandait d ?aller y prendre ; elle la décacheta, la lut ainsi que le testament en faveur de Savinien. — Les caractères de l ?écriture, dit-elle au curé, brillaient comme s ?ils eussent été tracés avec les rayons du soleil, ils me brà »laient les yeux. Quand elle regarda son oncle pour le remercier, elle aperà§ut sur ses lèvres décolorées un sourire bienveillant. Puis, de sa voix faible et néanmoins claire, le spectre lui montra Minoret écoutant la confidence dans le corridor, allant dévisser la serrure et prenant le paquet de papiers. Puis, de sa main droite, il saisit sa pupille et la contraignit à marcher du pas des morts afin de suivre Minoret jusqu ?à la Poste. Ursule traversa la ville, entra à la Poste, dans l ?ancienne chambre de Zélie, où le spectre lui fit voir le spoliateur décachetant les lettres, les lisant et les brà »lant. — Il n ?a pu, dit Ursule, allumer que la troisième allumette pour brà »ler les papiers, et il en a enterré les vestiges dans les cendres. Après, mon parrain m ?a ramenée à notre maison et j ?ai vu monsieur Minoret-Levrault se glissant dans la bibliothèque, où il a pris, dans le troisième volume des Pandectes, les trois inscriptions de chacune douze mille livres de rentes, ainsi que l ?argent des arrérages en billets de banque. — Il est, m ?a dit alors mon parrain, l ?auteur des tourments qui t ?ont mise à la porte du tombeau ; mais Dieu veut que tu sois heureuse. Tu ne mourras point encore, tu épouseras Savinien ! Si tu m ?aimes, si tu aimes Savinien, tu redemanderas ta fortune à mon neveu. Jure-le moi ? En resplendissant comme le Sauveur pendant sa transfiguration, le spectre de Minoret avait alors causé, dans l ?état d ?oppression où se trouvait Ursule, une telle violence à son à¢me, qu ?elle promit tout ce que voulait son oncle pour faire cesser le cauchemar. Elle s ?était réveillée debout, au milieu de sa chambre, la face devant le portrait de son parrain qu ?elle y avait mis depuis sa maladie.

ce ràªve revint avec des aggravations qui le lui rendirent excessivement redoutable. La seconde fois, la main glacée de son parrain se posa sur son épaule, et lui causa la plus cruelle douleur, une sensation indéfinissable. — Il faut obéir aux morts ! disait-il d ?une voix sépulcrale. Et des larmes, dit-elle, tombaient de ses yeux blancs et vides. La troisième fois, le mort la prit par ses longues nattes et lui fit voir Minoret causant avec Goupil et lui promettant de l ?argent s ?il emmenait Ursule à Sens. Ursule prit alors le parti d ?avouer ces trois ràªves à l ?abbé Chaperon.

Vous croyez donc aux ràªves ? lui dit-elle ? J’en souffre trop pour n’y pas croire.

Où le remords humanise : Si vous avez remarqué sur le bord des chemins, dans les pays où l ?on étàªte le chàªne, quelque vieil arbre blanchi et comme foudroyé, poussant encore des jets, les flancs ouverts et implorant la hache, vous aurez une idée du vieux maître de poste, en cheveux blancs, cassé, maigre, dans qui les anciens du pays ne retrouvent rien de l ?imbécile heureux que vous avez vu attendant son fils au commencement de cette histoire ; il ne prend plus son tabac de la màªme manière, il porte quelque chose de plus que son corps.

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