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traversée Balzac

Modeste Mignon

Où une description s’organise depuis une rue puis un bateau à vapeur : Sans àªtre coupée à pic, la colline finit assez brusquement en falaise. Au bout de la rue qui serpente au sommet, on aperà§oit les gorges où sont situés quelques villages, Sainte-Adresse, deux ou trois saints-je-ne-sais-qui, et les criques où mugit l’Océan. Ce cà´té presque désert d’Ingouville forme un contraste frappant avec les belles villas qui regardent la vallée de la Seine. Craint-on les coups de vent pour la végétation ? les négociants reculent-ils devant les dépenses qu’exigent ces terrains en pente ?... Quoi qu’il en soit, le touriste des bateaux à vapeur est tout étonné de trouver la cà´te nue et ravinée à l’ouest d’Ingouville, un pauvre en haillons à cà´té d’un riche somptueusement parfumé.

Où le roman souligne sa faiblesse pour mieux revendiquer ses droits : Pour un spectateur instruit, ce contraste entre la complète ignorance des uns et la palpitante attention des autres eà »t été sublime. Aujourd’hui plus que jamais, les romanciers disposent de ces effets et ils sont dans leur droit ; car la nature s’est, de tout temps, permis d’àªtre plus forte qu’eux. Ici, la nature, vous le verrez, la nature sociale, qui est une nature dans la nature, se donnait le plaisir de faire l’histoire plus intéressante que le roman, de màªme que les torrents dessinent des fantaisies interdites aux peintres, et accomplissent des tours de force en disposant ou léchant les pierres à surprendre les statuaires et les architectes.

Où Balzac prend son élan depuis une épitaphe : Cette inscription est pour la jeune fille ce qu’une épitaphe est pour beaucoup de morts, la table des matières d’un livre inconnu. Le livre, le voici dans son abrégé terrible

Où Balzac s’amuse de la considération dans laquelle on tient la littérature et ceux qui la produisent : Je ne sais pas où ces gens-là (Victor Hugo, Lamartine, Byron sont ces gens-là  pour les madame Latournelle) vont prendre leurs idées. La petite m’a parlé de Child-Harold, je n’ai pas voulu en avoir le démenti, j’ai eu la simplicité de me mettre à lire cela pour pouvoir en raisonner avec elle. Je ne sais pas s’il faut attribuer cet effet à la traduction, mais le cœur me tournait, les yeux me papillotaient, je n’ai pas pu continuer. (???) Je préfère de beaucoup les romans de Ducray-Duménil à ces romans anglais ! Moi je suis trop Normande pour m’amouracher de tout ce qui vient de l’étranger, surtout de l’Angleterre.

Où il est question de littérature et d’éducation des filles : Abattue après la mort de sa sœur, Modeste s’était jetée en des lectures continuelles, à s’en rendre idiote. à‰levée à parler deux langues, elle possédait aussi bien l’allemand que le franà§ais ; puis, elle et sa sœur avaient appris l’anglais par madame Dumay. Modeste, peu surveillée en ceci par des gens sans instruction, donna pour pà¢ture à son à¢me les chefs-d’œuvre modernes des trois littératures anglaises, allemande et franà§aises. Lord Byron, Gœthe, Schiller, Walter Scott, Hugo, Lamartine, Crabbe, Moore, les grand souvrages du dix-septième et du dis-huitième siècles, l’Histoire et le Théà¢tre, le roman depuis Rabelais jusqu’à Manon Lescaut, depuis les Essais de Montaigne jusqu’à Diderot, depuis les Fabliaux jusqu’à la Nouvelle Héloà¯se, la pensée de trois pays meubla d’images confuses cette tàªte sublime de naà¯veté froide, de virginité contenue, d’où s’élanà§a brillante, armée, sincère, forte, une admiration absolue pour le génie.

Mon Dieu, quel mal nous font les romans !...
On ne les écrirait pas, mon cher père, nous les ferions, il vaut mieux les lire... Il y a moins d’aventures dans ce temps-ci que sous Louis XIV et Louis XV, où l’on publiait moins de romans...

Où il est question du corps à dompter : Toutes les grandes intelligences s’astreignent à quelque travail mécanique afin de se rendre maîtres de la pensée. Spinosa dégrossissait des verre sà lunettes, Bayle comptait les tuiles des toits, Montesquieu jardinait. Le corps ainsi dompté, l’à¢me déploie ses ailes en toute sécurité.

Où est mis en scène Canalis : Ces morceaux cà¢lins, pleins de tendresse, ces vers calmes, purs comme la glace des lacs ; cette caressante poésie femelle a pour auteur un petit ambitieux, serré dans son frac, à tournure de diplomate, ràªvant une influence politique, aristocrate à en puer, musqué, prétentieux, ayant soif d’une fortune afin de posséder la rente nécessaire à son ambition, déjà gà¢té par le succès sous sa double forme : la couronne de laurier et la couronne de myrte.

Prose ou vers ? Canalis aurait bien voulu faire un grand ouvrage politique ; mais il craignit de se compromettre avec la prose franà§aise, dont les exigences sont cruelles à ceux qui contractent l’habitude de prendre quatre alexandrins pour exprimer une idée. De tous les poà« tes de ce temps, trois seulement : Hugo, Théophile Gautier, de Vigny ont pu réunir la double gloire de poà« te et de prosateur que réunirent aussi Racine et Voltaire, Molière et Rabelais, une des plus rares distinctions de la littérature franà§aise et qui doit signaler un poà« te entre tous.

Où modernité rime avec mise en coupe réglée : Essayez donc de rester inconnues, pauvres femmes de France, de filer le moindre petit roman au milieu d’une civilisation qui note sur les places publiques l’heure du départ et de l’arrivée des fiacres, qui compte les lettres, qui les timbre doublement au moment précis où elles sont jetées dans les boîtes et quand elles se distribuent, qui numérote les maisons, qui configure sur le rà´le-matrice des contributions les étages, après en avoir vérifié les ouvertures, qui va bientà´t posséder tout son territoire représenté dans ses dernières parcelles, avec ses plus menus linéaments, sur les vastes feuilles du Cadastre, œuvre de Géant ordonnée par un géant !

Où il conviendrait d’ajouter Balzac à la liste : Ni lord Byron, ni Goethe, ni Walter Scott, ni Cuvier, ni l’inventeur, ne s’appartiennent ; ils sont les esclaves de leur idée ; et cette puissance mystérieuse est plus jalouse qu’une femme, elle les absorbe, elle les fait vivre et les tue à son profit.

Où il est de nouveau implicitement question de lui : L’homme de génie a dans la conscience de son talent et dans la solidité de sa gloire comme une garenne où son orgueil légitime s’exerce et prend l’air sans gàªner personne. Puis, sa lutte constante avec les hommes et les choses ne lui laisse pas le temps de se livrer aux coquetteries que se permettent les héros de la mode qui se hà¢tent de récolter les moissons d’une saison fugitive, et dont la vanité, l’amour-propre ont l’exigence et les taquineries d’une douane à¢pre à percevoir ses droits sur tout ce qui passe à sa portée.

Où Balzac nous fait le coup d’une correspondance qui lui aurait été confiée : Ces lettre sont paru très originales aux personnes à la bienveillance de qui la Comédie Humaine les doit

Où le commerce de l’opium permet de faire fortune.

Où Balzac introduit une partition (pensé à la fin de Rigodon) : Et voici, puisque les progrès de la Typographie le permettent, la musique de Modeste, à laquelle une expression délicieuse communiquait ce charme admiré dans les grands chanteurs, et qu’aucune typographie, fà »t-elle hiéroglyphique ou phonétique, ne pourra jamais rendre.

La Belle et la Bàªte sert d’appui. Ainsi que Les Jeux de l’Amour et du Hasard.

Où Balzac a cette réflexion : Peut-àªtre les émotions douces sont-elles peu littéraires.

Où Balzac termine sur un possible retour des personnages du récit dans La Comédie Humaine : Plus tard, peut-àªtre reverra-t-on, dans le cours de cette longue histoire de nos mœurs, monsieur et madame de La Brière-La-Bastie

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