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micro-fictions

naufragés de l’A10

Je n’en avais rien dit jusqu’alors, mais j’ai fait partie de ces automobilistes coincés sur l’A10. D’autant plus en rogne que bloqué à quelques kilomètres de la maison. Et après avoir hésité comme chaque fois entre prendre l’autoroute ou la nationale 20. Il y aurait certainement un truc à écrire à partir de ça. Une sorte d’apologue quasi ready made. Les caméras qui assistent silencieuses à la montée des eaux. Des routiers qui refusent de quitter leur cabine, d’abandonner leur chargement. La nature qui reprend ses droits façon déluge. Sans compter, présence invisible et menaçante, façon Lovecraft, une rivière souterraine, vainement niée et qui génère le chaos. Et l’image de ce gars, la soixantaine, dans le camion de l’armée qui nous a amenés récupérer le contenu de nos coffres, une glacière à ses pieds, et la puanteur qui s’en dégageait. J’ai surpris son regard sur ma caisse de bouquins, couvertures gondolées et moisissure à venir. Pensé alors à ce que j’avais lu de Dunsany, sa façon de mettre en scène la fin d’un monde.

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