// Vous lisez...

au fil des jours

tu écris toujours ?

quelques réflexions sur l’activité d’écriture (au fur et à mesure qu’elles viendront)

17 janvier 2016 (matin)

tenter de cerner l’impression grandissante qu’il est bien difficile de se mettre d’accord sur ce que signifie écrire : ainsi, quand on me demande, par politesse, si j’écris toujours, on ne tarde pas à me demander si j’ai publié quelque chose de nouveau (la même chose pour la musique, déclarer continuer de pratiquer la guitare impliquant la question quant à d’éventuelles prestations publiques) — l’écriture synonyme de publication, ou comment l’une des étapes du processus devient finalité — sans doute quelque chose à voir avec l’idée de reconnaissance : la publication serait la garantie d’une qualité, un gage de sérieux — mais tout ce qui est proposé au public mérite-t-il de l’être ?

quant aux notions de plaisir et de nécessité — mais ne pas trop en demander — au mieux l’évocation d’une fonction cathartique — bouquins et site envisagés comme autant de bennes — qui osera présenter son travail à la manière d’un plan de déchetterie ?

plutôt défricher — déchiffrer aussi — mais le coup de Karcher...

ce que j’écris sur le site est public, une partie de que j’ai à ce jour publié sous forme numérique ou papier y a vu le jour, par exemple C’est ou Entre-deux — la différence avec les autres contenus du site ? le travail éditorial mené a posteriori, impliquant une part de réécriture — mais la série tu dis a elle aussi été réécrite, sans pour autant être publiée (aucun risque, l’ai proposée nulle part)

la publication comme validation — sur le site, celui qui valide est-il aussi l’auteur ? il est le lecteur, chacun étant responsable du jugement esthétique qu’il émet — il est sans doute là le nœud, dans la capacité à dire son point de vue sur ce qu’on lit et à le justifier

du silence dans lequel on écrit, de l’absence de retour — certes les outils statistiques du site, et les réseaux sociaux — mais

17 janvier (après-midi)

la question des plus jeunes, si à§a rapporte du fric — au moins le mérite de la franchise — difficile d’expliquer, et ce quelque soit l’âge, la condition sociale ou la formation intellectuelle, que les chiffres des ventes n’est pas ce qui importe pour qui a une activité salariée — sentir poindre alors l’à quoi bon ? (surtout si expliqué auparavant le temps et l’énergie que à§a prend d’écrire)

dans une époque qui aime les chiffres, comment l’écriture parviendrait-elle à faire exception ? — chiffre des ventes, montant des droits d’auteur, nombre de visiteurs d’un site : c’est quoi le barème pour pouvoir pour pouvoir se dire auteur ?

chiffres toujours : de la difficulté de faire comprendre qu’un ouvrage publié par une maison d’édition de moyenne ou petite taille dispose d’une espérance de vie de plusieurs années, quand dans des grosses boîtes à§a se compte en semaines

tu écris toujours ? — tu n’as donc rien de mieux à faire ? — t’es quand même pas si con, il y a un moment, c’est plus de l’acharnement, c’est de la connerie (pardon, de l’aveuglement)

écrire est une contrainte, dixit Rilke [1]

tu écris toujours ? — et toi, tu lis encore ?

19 janvier

longtemps j’ai eu du mal à utiliser le verbe écrire, lui préférant celui de bricoler — parce qu’il me fallait m’autoriser à 

bricoler, au choix : passer d’une occupation à une autre, se livrer à toutes sortes d’activités, de métiers peu rentables exécuter chez soi de petits travaux qui réclament de l’ingéniosité et de l’habileté manuelle arranger, réparer, fabriquer en amateur  [2]

choix peu justifiable par le fait de disposer de deux mains gauches

Littré, pour l’étymologie de bricoler, nous renvoie à bricole : Pour bricole, la série des sens est : machine à lancer, puis le bond que fait la pierre lancée, puis les cordes et ficelles qui servent, dans la machine, à quelque opération — et de préciser : sans doute de l’ancien français, bric ou briche, piège à prendre les bêtes — si Littré ne s’est pas planté, le terme de bricoler était approprié à l’activité ainsi désignée, tant pour la description de son processus que l’un de ses résultats [3]

j’ai rapidement trouvé la solution pour ne pas donner l’image d’un auteur du dimanche : écrire tous les jours — écrire au quotidien a été un titre de rubrique dès le premier blog, puis ensuite sur le site — en tête le conseil de Warhol à Lou Reed, d’écrire une chanson par jour

certes, écrire chaque jour ou le plus souvent possible pour rendre l’exercice moins difficile — y compris moins difficile d’oser s’y mettre — quant à réduire l’angoisse du saut dans l’inconnu — et de là à publier chaque fois sur le site

constat d’avoir utilisé ici avec beaucoup de légèreté les termes de carnets ou d’atelier — faire en sorte que le site ne ressemble pas (plus ?) à une vitrine d’exposition de textes inachevés ou mal fichus — impression renforcée par le fait de retirer du site les travaux qui se sont transformés en livres

un bienfait des outils numériques : ne pas s’encombrer de tout un tas de feuilles et de carnets — en se débrouillant bien, dans l’empilement du site et l’arborescence bordélique de mon ordi, tout un tas d’écritures sur lesquelles je ne retomberai pas

la caisse plastique jaune à mes pieds sous le bureau, carnets cahiers et bordel de coupures de presse et autres documentations qui n’ont débouché sur rien, ou presque — rebut, mémoire et tentation

23 janvier

écrire tous les jours pour alimenter le site ne peut, dans mon cas ; pas mener à grand chose, sinon à rendre public des écrits qui ne le méritent pas — une confusion en partie inhérente à la forme blog souvent perçue comme journal en ligne

Julien Gracq écrivant durant les grandes vacances d’été, Stephen King s’obligeant à deux mille mots quotidiens — réussir à écrire le matin, d’autant mieux que l’obligation d’aller au travail l’après-midi — un peu parce qu’il faut m’autoriser à , mais tout de même de moins en moins, surtout parce que en temps limité je risque moins de me perdre et de tourner autour

Yourcenar retravaillant des textes écrits très tôt dans sa jeunesse, Julien Gracq évoquant le fait que l’on écrit d’abord pour essayer sa voix, sans trop s’occuper de rien d’autre — ne pas perdre son temps à une nostalgie de cette voix, travailler au présent

si je tape écri dans la barre de recherche Google, me sont proposés : écrire, écriture, écrire la date en anglais, écriture cursive, écriture cunéiforme, écrivaine — si je tape écrir : écrire, écrire la date en anglais, écrire une lettre, écrire un roman, écrire pour exister, écrire un livre

26 janvier

petit à petit l’oiseau fait son nid, ou le principe de la série — le web m’aura permis de davantage me projeter dans l’écriture : du temps des carnets papier, je me noyais dans le disparate et l’inachevé — en ligne, j’ai appris à organiser, à tenter d’imprimer une unité à ce que j’allais écrire — au début de mon écriture en ligne, l’illusion de pouvoir recycler ce qui accumulé auparavant — mais de la part du web et du temps qui passe dans la maturation ?

la seule expérience d’écriture avec astreinte quotidienne vraiment plaisante aura été le feuilleton Kill that marquise — s’y ébrouer chaque jour, et voir naître un truc prendre forme sans plan pré-établi — différent de la série, un plongeon au quotidien — et puis le dialogue avec PdB et Brigetoun

les tentatives d’écriture collaborative n’ont pas abouti — grand regret — toujours titillé par — projet en sommeil à réveiller

des trucs auxquels pensé sans les faire : réécrire Madame Bovary sous la forme du blog d’Emma — écrire un récit qui s’élaborerait par croisement des blogs des différents personnages (là le support web prendrait tout son sens)

11 février

écrire pour s’affranchir — mais c’est avancer en aveugle

pour paraphraser Ponge, laisser les paroles des autres au bord de la route — apprendre à se parler, et mettre le monde à nu, le débarrasser des mots qui le dissimulent, le dérobent au regard

amusement et agacement ce ces noms, sur les réseaux sociaux, suivis du terme auteur — quelle plus value ils cherchent

à propos des précédents : signer ce qu’ils écrivent ne leur suffit pas, ils ont besoin d’une breloque qu’ils s’accrochent eux-mêmes au revers de leur nom

mais quel sens donner au titre revendiqué ? celui ou celle qui, par occasion ou par profession, écrit un ouvrage ou produit une œuvre de caractère artistique ou celui ou celle dont la profession est d’écrire des romans, des pièces de théâtre, des œuvres d’imagination en vers ou en prose — très certainement ils ont en tête celle-ci : celui qui est à l’origine d’une chose, bonne ou mauvaise [4]

8 avril

ces temps de fatigue où tu n’écris presque rien, et lis à peine : laisser le temps au corps de te permettre à nouveau — pas lui qui t’autorise, mais capable de t’empêcher

dans ces moments de creux, la crainte de la dispersion, de la fuite en avant dans des projets qui semblent inconciliables — pourtant rien à concilier, juste des parallèles

dans les creux que s’ouvrir à autre chose, cette semaine les poèmes express — c’est sur le web qu’est né l’élan, ici et là 

15 juillet

Après plusieurs semaines sans écriture ou presque, parce que le boulot, la fatigue. Pendant ce temps sans écriture, se sentir dépossédé du monde. L’alentour vire au flou, et soi aussi du coup. Ne signifie pas que l’écriture soit possession du monde, mais l’avancée à tâtons, en aveugle, le rend présence possible, atteignable.

Notes

[1] demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : suis-je contraint d’écrire ? Creusez en vous-même jusqu’à trouver une réponse profonde. Et si elle devait être positive, s’il vous est permis de faire face à cette question sérieuse par un simple et fort « J’y suis contraint », alors construisez votre vie en fonction de cette nécessité Lettres à un jeune poète, lettre du 17 février 1903.

[2] cf. TLFi

[3] Littré

[4] TLFi

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