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au fil des jours

moi, mauvais vitrier

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »

La littérature toujours là pour un peu mieux saisir le monde et l’humain, et tout particulièrement dans leurs écarts. Lu hier un bouquin de Kay Jamison, psychiatre et elle-même maniaco-dépressive. Renvoyait à un poème en prose de Baudelaire, "Le mauvais vitrier". Combien de fois en cours avoir insisté sur les mouvements contraires de l’ascension et de la chute dans Les Fleurs du mal ? Les Petits poèmes en prose de ces bouquins qui accompagnent depuis plus de trente ans. Mais peut-être parce que placé juste avant un de mes favoris, "À une heure du matin" — Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise ! — je n’en avais pas gardé un souvenir clair. Accompagné depuis hier par l’image du vitrier, sa presque chute dans l’escalier, repoussé et insulté, puis le bris de tout son chargement par le pot de fleur jeté depuis le balcon du sixième étage. Je le connais bien ce vitrier, et l’image sans doute m’aide davantage que tout ce que je peux lire sur la question :

(...) (Observez, je vous prie, que l’esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n’est pas le résultat d’un travail ou d’une combinaison, mais d’une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l’ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d’actions dangereuses ou inconvenantes.) La première personne que j’aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu’à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d’ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l’écart de ce pauvre homme d’une haine aussi soudaine que despotique. « Hé ! Hé ! » et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l’escalier fort étroit, l’homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit sa fragile marchandise. Enfin il parut : j’examinai curieusement toutes ses vitres, je lui dis :« Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! »

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