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fictions

sosies

à‡a avait commencé comme une plaisanterie. Le gars faisait le tour des salons du livre, son Pléiade sous le bras. Le dos voà »té comme le Destouches des dernières années, et màªme empilement de gilets rapiécés. Il allait de stand en stand, apostrophait les exposants. D’indéniables talents de comédien. Gesticulation du bras, effet de mèche, tout y était. Jusqu’au discours ponctué de n’est-ce pas en rafales. Pour l’essentiel, quelques tirades extraites des rares interviews donnés à la télé. Est-ce lui qui a eu l’idée de vendre sa prestation ? Ou un organisateur de salon qui le lui a proposé ? Personne ne sait plus désormais. C’était il y a longtemps. Et puis à§a changerait quoi ? Le pli est pris maintenant, de l’inviter, lui et ses collègues. Pas moins de trois agences répertoriées sur le web pour vous fournir des sosies d’écrivains. Du tout récent aux plus anciens, il y en a pour tous les goà »ts. Et pour toutes les bourses : un Nobel récent se monnaie cher, d’autant plus cher que le public l’oublie très vite. Des carrières courtes, ces sosies-là . Certains ont bien tenté de se placer auprès des universités, lors de colloques, mais il semble y avoir résistance. Des artistes complets, pourtant : capable aussi bien d’imiter gestuelles et intonations que les paraphes pour dédicaces. Et quoi de choquant là -dedans ? La prestation était claire : toujours sous le nom de l’écrivain figurait la mention sosie véritable. Ce qui, il faut bien l’avouer, était tout de màªme plus franc que l’emploi d’un nègre. Un point délicat : difficile de se positionner quant à l’emploi d’un sosie pour accompagner le plan marketing lors de la publication d’un ouvrage posthume. On a vu des ayant droit s’indigner et menacer de procès — protestations qui sont demeurées à l’état de gesticulations. Quant à la mort mystérieuse de l’un de ces sosies, qu’on a retrouvé affreusement mutilé, le visage ravagé par l’acide, il semblerait que l’écrivain référent — c’est ainsi qu’on pris coutume de les nommer, ou écrivain premier comme préfèrent certains — ait été mis hors de cause.

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