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d’écrire

craquelures

Je suis un lecteur trop critique pour oser relire mes propres livres. Le seul pourtant auquel, de temps en temps, je reviens sans màªme avoir besoin de le rouvrir, car je me souviens bien de certains passages, c’est le tout premier que j’aie écrit : Tropismes. Il me semble alors que je revois les premières fines craquelures dans le mur épais, tout lisse, qui autrefois m’entourait et d’où un jour quelques gouttes d’une substance inconnue pour moi avaient filtré. Depuis, je n’ai fait que m’efforcer d’élargir ces craquelures. Quand, au cours de mon travail, il me semble, tout à coup, qu’à mon insu le mur s’est refermé, recouvrant la substance fluide, je la retrouve aussità´t dans un des premiers Tropismes — comme une gouttelette détachée d’une masse énorme que je n’aurai jamais fini de capter — et je retrouve aussi la spontanéité, la candeur confiante de ce premier élan, de cette impulsion donnée à tout ce que j’ai écrit par la suite. Nathalie Sarraute, in Nathalie Sarraute. Portrait d’un écrivain, b.n.f. 1995.

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