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accident
lundi 24 novembre 2025, par
C’était sans doute un pneu qui avait éclaté. Ou un de ces micro sommeils. Tout était allé si vite. La bagnole partie en sucette sans prévenir. Je me souviens du bruit de tôle contre la glissière de sécurité. Une chance que ça se soit passé de nuit. La voiture en contresens sur la voie de gauche. Pas pour rien qu’on l’appelait l’autoroute du désert.
J’avais sans doute été un peu sonné par le choc. Quand je suis revenu à moi, j’avais le front appuyé contre le volant. Je suis sorti en panique. Si jamais une voiture s’amenait et… Il fallait faire vite. Prévenir les secours. J’ai sorti mon portable de la poche intérieure de ma veste. Plus de batterie. Je croyais pourtant l’avoir chargé il y a peu. Mais c’est vrai qu’il commençait à avoir de l’âge…
Je me souvenais avoir croisé une aire avec station-service peu avant l’accident. En marchant vite. Et de l’autre côté de la glissière. Pas bien longue l’espérance de vie d’un piéton en bordure d’autoroute. J’avais lu quelque part qu’au bout d’une dizaine de minutes, au mieux… Ce serait trop con. Après avoir réchappé à l’accident, se faire faucher sur la bande d’arrêt d’urgence…
J’ai marché du plus vite que je pouvais pendant une petite demi-heure. De quoi parcourir les deux kilomètres qui me séparaient de l’aire de service. Il y avait une borne d’appel sur le parking. J’ai appelé. Personne n’avait encore signalé l’accident. Ce qui ne m’a guère étonné. Je n’avais croisé aucun véhicule pendant que je marchais. On m’a dit que la gendarmerie allait venir sécuriser les lieux. Qu’on envoyait une dépanneuse. Et que surtout je ne bouge pas de là où j’étais.
J’ai eu envie d’un café. De boire un truc chaud pour me remettre de mes émotions. Dans le magasin de la station-service, quelques routiers. Le visage pâle de fatigue et d’ennui. Et un jeune type derrière sa caisse qui regardait des vidéos sur son téléphone. J’ai pensé que je pourrais recharger le mien. Il suffirait que j’achète un chargeur. Ils avaient sûrement ça dans le magasin.
Je me suis dirigé vers la machine à café. J’ai commandé un double expresso en tapotant sur l’écran. Mais au moment de payer, impossible de retrouver ma carte bleue. Je l’avais sans doute glissée dans le vide-poche de la portière avec le ticket d’entrée. Comme je faisais souvent pour ne pas perdre de temps au péage. Heureusement, j’avais un peu de monnaie dans une poche de mon jean. Ils ne s’embêtaient pas sur l’autoroute du désert. Quasi du racket ! Quatre balles le café… Certes, ils devaient avoir peu de clients, mais de là à appliquer des tarifs prohibitifs…
J’ai cherché en vain une quelconque fente où glisser mes pièces. Pas d’autre moyen de paiement que la carte. Jamais je n’aurais pensé qu’on soit si friand de technologie dans pareil trou du cul du monde ! L’abandon de l’argent liquide, on en parlait depuis quelque temps, mais tout le monde s’accordait à dire que c’était pas pour demain.
J’ai dû prendre mon mal en patience, en feuilletant quelques-uns des ouvrages qui s’étalaient sur un présentoir.Quelques livres de recettes. D’autres sur les camions. La faune africaine. Rien de bien passionnant.
J’ai fini par apercevoir une voiture de gendarmerie derrière la vitrine. Je suis allé au devant des pandores. Qui dans un premier temps m’ont conduit à la gendarmerie pour remplir quelques paperasses. Puis chez le dépanneur qui avait pris en charge ma voiture, afin que je puisse récupérer mes effets personnels.
Ma carte bleue se trouvait bien dans le vide-poche. Pendant que je sortais ma valise du coffre, le dépanneur s’est approché. Il a commencé à me parler des experts automobiles et des assureurs. Affirmant qu’il n’y avait pas pire mafia. Qu’ils envoyaient à la casse des voitures qui souvent ne demandaient qu’à rouler. Qu’avec du temps et de l’huile de coude, on faisait parfois des miracles. Que ma Citroën C3, par exemple, une fois refait le train avant, elle serait presque comme neuve. Et que si j’étais d’accord, il me l’achèterait bien pour quelques centaines d’euros. Que de toute façon, j’y serais gagnant, plutôt que de l’envoyer à la casse. Avant d’ajouter que lui, les véhicules anciens, il adorait ça. Qu’il en faisait même un peu collection.
autre dérive fantastique autoroutière : on the highway