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d’écrire

pacte

Un pacte, simplement. Pour vous, le primum vivre, deinde philosophare s’investit à fond dans le vivere historique, ce qui est fort bien et est peut-àªtre la seule faà§on de préparer le terrain pour le philosopher et le poétiser de demain. Mais j’ai à cœur de supprimer la divergence qui nous accable et c’est pour cela que je vous propose que nous abandonnions en màªme temps, vous et nous, nos conquàªtes les plus extràªmes afin que les contacts avec notre prochain atteignent leur effet maximum. Si nous renonà§ons, nous, à la création verbale, à son niveau le plus haut et le plus raréfié, vous renoncerez, vous, à la science et à la technologie sous leur forme également vertigineuse et raréfiée, par exemple, les ordinateurs et les avions à réaction. Si vous nous interdisez le progrès poétique, pourquoi profiteriez-vous peinards des progrès scientifiques ? Il est complètement cinglé, dit un type à lunettes. En effet, admet Lucas, mais il faut voir ce que je m’amuse. Allez, acceptez ! Nous, nous écrirons de faà§on plus simple (c’est une faà§on de dire car en fait nous ne pourrons pas), et vous, vous supprimerez la télévision (chose que vous ne pourrez pas non plus). Nous irons, nous, à ce qui est directement communicable et vous, vous abandonnerez les voitures et les tracteurs, vous utiliserez la bàªche pour arracher les patates. Vous vous rendez compte de ce que serait ce double retour au plus simple, à ce que tout le monde comprend, à la communion sans intermédiaire avec la nature ? Je propose la défenestration immédiate sous réserve unanimité, dit un camarade qui a choisi de se tordre de rire. Je vote contre, dit Lucas qui est déjà en train de saisir la bière qui arrive toujours à point dans ces cas-là . J. Cortazar, Un certain Lucas, « Lucas, ses discussions partisanes »

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