// Vous lisez...

vases communicants

vases communicants / Maryse Hache

jardin chantier #4

C’était en septembre 2011, Maryse Hache m’offrait ce texte pour les vases communicants. L’avoir lue sur Semenoir, rencontrée durant un atelier d’écriture à Orléans, marqué par la force qui se dégageait pendant lecture à voix haute de ses textes et l’énergie qui se dégageait de sa personne, l’humour quand évoquer la maladie. Depuis plusieurs jours, je tombais toujours sur le màªme article sur Semenoir, se dire qu’un site peut aussi ressembler aux maisons qui demeurent volets fermés. Lire ici et là  les deux hommages évocations écrits par Pierre Ménard et Joachim Séné.


L’habitude en est désormais prise : chaque premier vendredi du mois, vases communicants... Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l՚autre. Aujourd’hui, échange avec Maryse Hache qui accueille mon texte sur Semenoir. Point de départ proposé : le jardin...

La liste des vases de septembre, recensés par Brigitte Célérier. Merci à elle...


jardin chantier #4

bleu pà¢le au jardin du matin au-dessus des tilleuls

l’orior rose a disparu avec l’aoà »t

ils viennent les amis

branle-bas de combat à grand bruit avec engin à moteur

car

il faut férocifier le tendre jardin

quelque chose étouffe

les rosiers étouffent sous les herbes hautes le chiendent les ronces la berce les verges d’or

le bureau de la maison étouffe dans l’ombre

les géraniums étouffent sous les millepertuis

les sauges étouffent sous le chiendent les ronces la berce les verges d’or

les pivoines étouffent sous le millepertuis les verges d’or la berce_essayez de préserver les asclépiades

il démarre l’engin

à§a bruisse fortfort à§a bruisse moins fort à§a rebruisse fortfort à§a fort agace les oreilles

il tient l’engin à moteur accélérant décélérant accélérant vrillant, à§a descend les branches du laurier-cerise, sectionne les branches du noisetier, sectionne celles du merisier sous le point de greffe du montmorency, à§a coupe celles du troène à cà´té du noisetier, celles d’un autre laurier-cerise près des bassines en zinc, à§a coupe celles d’un autre merisier planté par les oiseaux à cà´té d’un lilas blanc et d’un pied de sauge

aujourd’hui tu les regardes faire

tu les as appelés les amis et ils sont venus

décider la coupe drastique

couper dans le réel des actes

il y a programmé dans la nature un envahissement

ce jour il y avait lutte contre lui instruments de violence à la main

il tient l’engin à moteur et travaille à grand bruit anéantissement de l’ivraie, ouvre de nouvelles hypothèses, de nouveaux espaces, libère des lumières de soleil, des profondeurs de champ, des passages de vent et d’odeur

pour un peu de métaphore on entendrait l’engin hurler

le bruit creuse des nœuds de cris à pas pouvoir les défaire

l’un tient l’engin chutes de branches en feuilles l’autre les déplace froissement frottement des feuilles dans la traînée jusqu’au fond du jardin où entassement pour machine à broyer

aujourd’hui tu regardes

tu penses au bà »cheron de la foràªt de gastine

jardin « pays de l’enfance (géographie(s) intime, et qu’on promène avec soi »

ce rosier-là bientà´t désétouffé bientà´t la remontée des fleurs

celui-là planté il n’y a pas si longtemps refleurira aussi

tous les rosiers blancs idem

l’un ferroie l’autre aussi mais lames différentes féroces les deux engins l’un pour le dur l’autre pour le tendre

il nettoie entrelacs de rugosa églantines ronces et liserons montés dans l’aubépine il coupe coupecoupe verges d’or bignonias aubépines naissantes_préserver l’acanthe et ses hampes fleuries présevrer les géraniums vivaces bleus les pelargonium odorants à petites fleurs roses les deux pieds d’ancolie les rosiers de provins le fuschia le rosier grimpant au parfum capiteux dont le nom a été emporté avec les aà¯eux les deux pieds de pivoines les pieds de bourrache enfin apparus en juin

tu les as guetté ces bourraches, ignorante que tu étais du mois de leur apparition tu les as cru disparues gelées tu les as cru disparues exilées plantées ailleurs par vents ou oiseaux tu les as cru disparues bisannuelles ou annuelles et puis oh surprise en bleu elles sont enfin sorties de terre

aujourd’hui tu regardes

il coupe à grands bruit dans le carré des roses : berce bignonias ronces chiendent chardons verges d’or_ préserver les rosiers visible, le reste, à la baille, ceux qui pourront repousseront dans un mois à peine jeunes rosiers fringants comme en printemps, les rosiers blancs - quel nom déjà - ceux qui croissent et multiplient comme des fraises à force de stolons

aujourd’hui tu regardes

- « et les fleurs qui gagnent au pied des murs ».../ « ..au pays de l’enfance »
- tu les gardes
- et « les roses trémières dans le jardin de l’ancienne gendarmerie ? »
- ah ! c’était une ancienne gendarmerie ici ; ne savais pas / tu les gardes elles et leur rose pà¢les, « si fràªles aux lumières du matin [...] après petit muret de pierre », à cà´té des marguerites et des digitales

le bruit du féroce se poursuit

et soudain le pioupiou d’une mésange

ouf le bruit a défait ses nœuds

ouf il reste des branches aux oiseaux

la lumière touche différemment les buis la terre découverte les ombres se posent ailleurs pour une autre architecture végétale

jardin orsay 31 aoà »t 2011

© Maryse Hache

Voir en ligne : Maryse Hache / Semenoir

Commentaires